Cucuron, L’Essentiel
Café-philo du 13 octobre 2026
Immigrés : de
« métèques » à boucs émissaires
« La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre sa part et traiter de la meilleure manière possible la part dont elle a la charge. » La première partie de cette phrase prononcée par Michel Rocard en 1989 sert d’argumentaire imparable dans tout débat sur l’immigration. Elle s’inscrit dans une tendance de l’opinion publique : d’après les sondages, 60 % des Français considèrent « qu’il y a trop d’immigrés en France ». Pourtant, cette affirmation mérite largement d’être discutée et renvoie à la question de l’intégration des étrangers.
Pour comprendre l’évolution de l’immigration en France, il convient d’abord de définir certains termes. Comment définit-on un immigré ? Comment ce terme se distingue-t-il de vocables proches : migrants, réfugiés, demandeurs d’asile, exilés. Ensuite il est utile de dresser un tableau d’ensemble des flux de migrations dans le monde, de leurs origines et de leurs destinations, de leur composition sociale et, enfin d’y préciser la place de la France. Cela permet de constater que la France, vieille terre d’immigration, a certes connu une progression constante du flux migratoire depuis 2000, mais est très loin de subir la « submersion migratoire » invoquée par l’extrême droite. Concernant l’accueil de demandeurs d’asile, elle parait en retard par rapport à d’autres pays comparables.
Au-delà de la question du nombre se pose celle de l’intégration (à distinguer de la naturalisation), très liée aux raisons de la venue en France. Elles peuvent s’analyser à partir des statistiques de délivrance des titres de séjour et s’inscrivent dans le cadre des conventions internationales auxquelles la France a adhéré. Le coût de l’immigration, souvent mis en avant pour réclamer un arrêt de celle-ci, est à relativiser : l’OCDE a démontré qu’elle rapporte aux pays d’accueil plus qu’elle ne coûte. Il est indéniable cependant qu’il existe des obstacles bien réels à l’intégration : discriminations en matière de logements et d’embauche, ghettoïsation, incompréhension des pratiques religieuses et culturelles, racisme… Ces problèmes ne sont pas nouveaux et se sont posés à chaque vague d’immigration, pouvant même déboucher sur des conflits violents (Aigues-Mortes).
Pourtant, force est de constater qu’une majorité d’étrangers s’intègrent à la société française, dès la seconde génération. 30 % des Français ont au moins un grand-parent immigré. On se demandera donc, en conclusion et ouverture du débat, pourquoi la question de l’immigration a pris une place si centrale dans le débat politique. Pourquoi les immigrés en France (et leurs descendants) sont-ils passés du statut du « métèque » de la Grèce antique (étranger non citoyen, mais respecté et participant à la vie culturelle de la Cité) à celui de boucs émissaires de toutes les difficultés ?
Jean-Pierre Cendron
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