Bibliographie autour de bouddhisme et philosophie

Proposé par Philippe BIOT :


Philippe CORNU “le bouddhisme: une philosophie du bonheur?” Seuil
Bernard FAURE “Bouddhismes, philosophies et religions” Champs-essais
Françoise BONNARDEL “Bouddhisme et philosophie” l’Harmatan
Fabrice MIDAL “Quel bouddhisme pour l’Occident?” Seuil
Fabrice MIDAL “Comment être bouddhiste?” Pocket
Roger-Pol DROIT “Philosophies d’ailleurs tome 1 les pensées indiennes, chinoises et tibétaines” Hermann
Roger Pol DROIT “le culte du néant” Poche (?)
Anne CHENG “Histoire de la pensée chinoise” Seuil
Frédéric LENOIR “Socrate, Jésus, Bouddha” LDP
Pierre HADOT “Qu’est-ce que la philosophie antique?” Folio
Pierre HADOT “Exercices spirituels et philosophie antique” Albin Michel
Raphael LIOGIER “Souci de soi, conscience du monde” Armand Colin
 

Bibliographie purement indicative, non exhaustive!

21/02/2014 : Peut-on dire du bouddhisme qu’il est une philosophie ?

"Sagesse, art de vivre, éthique, apprendre à penser, connaissance, raison, recherche du bonheur, Vie et mort, sont des champs de la philosophie occidentale...

Ouverture à autrui, compassion, éthique de vie, entraînement de l'esprit, éducation au bonheur, sublimation des émotions, connaissance de soi, éveil, salut, amour universel, foi, paix, joie, unité, mort et renaissance, sont des facettes du bouddhisme. s'agit-il de philosophie, psychologie ou religion, ou tout cela ensemble, ou rien de tout cela  ?

Toute religion élabore une philosophie de vie, qu'en est-il du bouddhisme ? Et de son intégration à nos cultures occidentales ?

Anne de Swarte a pratiqué et étudié le bouddhisme tibétain auprès de Lama Guendune Rinpoche en Dordogne, a fréquenté des ashrams indiens sans rejeter le message chrétien, en particulier  l'orthodoxie française...

Est-il possible de "penser" et ne rien renier, ne rien juger, ne rien saisir ?"

Anne de Swarte


10/01/2014, Sagesses bouddhistes, Sagesses philosophiques

En préparation de notre débat du 10 janvier, voici quelques textes sur le Bouddhisme :


LE BOUDHISME DE NICHIREN
Texte présenté par Martine LE CORRE – Pratiquante du Bouddhisme de Nichiren Daishonin



Contexte historique

Nichiren Daishonin est né le 16 Février 1222 à Kominato un petit  village de pêcheurs de la province d’Awa au Japon.

A l’âge de 12 ans, il entra au temple Seichô-ji, près de son village, où il étudia aussi bien les enseignements bouddhiques que laïques. Il fut ordonné moine à l’âge de 16 ans. Le caractère fragmentaire et contradictoire des divers enseignements bouddhiques de cette époque le troublait, aussi consacra-t’il les seizes années suivantes à séjourner dans les centres d’études bouddhiques les plus réputés du Japon où il étudia tous les sûtras disponibles et leurs commentaires, ainsi que les enseignements des différentes autres écoles.

A l’issue de cette période d’études très intense, il réalisa que, parmi tous les enseignements de Sakyamuni, le Sûtra du Lotus en était l’enseignement suprême.

Le 12 octobre 1279 NICHIREN inscrivit le Dai-Gohonzon, objet de culte destiné à tous les êtres humains pour leur permettre d’atteindre la bouddhéité.

Le bouddhisme de NICHIREN est arrivé en Europe il y a 40 ANS – En France nous sommes 15 OOO pratiquants.

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DOCTRINE DU BOUDDHISME DE NICHIREN DAISHONIN

L’intérêt du bouddhisme de Nichiren est de nous donner des outils pour améliorer notre vie.

En prenant la responsabilité de changer notre propre vie, nous pouvons sentir que nous avons aussi la capacité de transformer le monde dans lequel nous vivons et d’améliorer la condition humaine.



LA LOI DE CAUSE ET D’EFFET

Cette loi suprême établit que chaque cause que nous créons (par la pensée, la parole ou l’action) engendre un effet dans notre propre vie et dans notre environnement.



OBJECTIF ULTIME DU BOUDDHISME

La paix mondiale, basé sur le respect de la dignité fondamentale de toute vie. La réalisation de ce but commence déjà par la révolution intérieure de chaque personne.

La sagesse, le courage, la compassion et l’énergie que chacun développe en tant que résultats d’une profonde « révolution humaine » intérieure, influencent tout naturellement de façon positive tous les aspects de sa vie et au-delà. Ainsi améliorer sa vie familiale, son travail ou ses relations sociales par la pratique du bouddhisme est en soi contribuer à la réalisation de la paix mondiale.




TROIS ASPECTS FONDAMENTAUX de la pratique de NICHIREN

La foi – signifie croire en la Loi de la vie et des trésors de la vie humaine.

La pratique – Récitation d’un mantra et la lecture du sûtra deux fois par jour, ainsi que le partage de l’enseignement du bouddhisme avec les autres

L’étude – consiste en l’étude et la compréhension des enseignements bouddhiques pour les appliquer dans notre vie quotidienne.

 

LE KARMA

LA REVOLUTION COMPLETE ENGAGEE PAR NICHIREN restaure le concept  initial selon lequel la formation du karma, aussi bien que la possibilité de s’en libérer, dépend de chacun de nous, de sa volonté et de ses actions mais il  va plus loin : on ne subit plus son karma, on le transforme, et dans cette vie. Il ne s’agit pas de subir ni d’expier, mais de renforcer l’énergie de vie. Plus la force intérieure est grande, plus le karma semble léger, plus nous avons des chances de le changer.


NON DUALITE DE LA VIE ET DE L’ENVIRONNEMENT

Ce principe établit que la vie et son environnement sont inséparables et qu’ils sont en interaction l’un avec l’autre.


NON DUALITE DU CORPS ET DE L’ESPRIT

Ce principe explique que bien qu’en apparence distincts, ces deux aspects le corps (le physique, le matériel) et l’esprit (le spirituel, le mental) sont, en réalité les deux aspects d’une même entité, qu’ils sont réciproquement liés et de ce fait, inséparables. Ainsi, une souffrance morale entraîne une souffrance physique et vice versa.

 

LA VIE ET LA MORT

Le bouddhisme enseigne que la vie et la mort représentent les deux phases de l’existence auxquelles les être humains sont confrontés. Les personnes ordinaires que nous sommes peuvent considérer la vie comme ayant un commencement : la naissance, et une fin, la mort.

Toutefois, la perspective bouddhique va au-delà de cette vision des choses. Elle considère la vie comme une énergie inaltérable qui existe éternellement et qui, à certains moments, dans sa forme visible se nomme « vie » et crée le karma, tandis qu’à d’autres moments dans sa phase latente, s’appelle « mort », attendant une renaissance.

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LE BOUDDHISME ZEN SOTO
Textes présentés par Serge RENOUD, pratiquant du bouddhisme zen soto dans le lignage de Joshin Sensei


Je suis en équilibre sur mon nez !
Je suis en équilibre sur mon nez ! Vais-je tomber ? Équilibre… mouvement immobile, immobilité
dynamique, funambule de ma respiration, j'observe ce va-et-vient du souffle qui me pénètre et ressort de moi. 

Moi… qui ? Cet assemblage provisoire de sensations, d'émotions, de digestions, de circulations, ce ballet atomique de particules instables vielles et nouvelles, en perpétuels changement. Moi… ce livre lu hier, ce regard croisé ce matin dans le métro, cette migraine (angoisse ou mauvaise alimentation), ce souvenir d'un enfant dont je porte le nom encore ou d'un adolescent timide qui fut qui ? Mon frère, mon fils, mon ancêtre ou le reflet d'un souvenir lointain que j'assimile à un quelconque moi .

Je suis en équilibre sur mon nez ! Everest de nos illusions, vertige de cet éternel devenir qui fit rire Faust-Goethe : « Arrête-toi, instant, tu es si beau ! » En équilibre, ici et maintenant, l'instant, seule entrevue possible sur ce que l'on nomme pompeusement l'éternité.

Renversons la vapeur, retournons les mots (ont-ils un sens ?), le nez devient Zen et je respire l'odeur de l'encens que Taisen Deshimaru fit brûler dans ma chambre lorsque je le vis pour la dernière fois…il y a quelques années, quelques secondes, dans ma chambre, à Bruxelles où j'habitais alors…Joie de sa visite et mutuelle lucidité de cette rencontre que nous savions la dernière.

Je ne savais pas ce qu'était que le rire avant d'avoir connu Deshimaru, je ne savais pas ce qu'était
regarder, toucher, marcher, sentir, dormir, caresser un chat, suivre le vol d'une plume dans l'air, respirer ou me tenir en équilibre sur le bout de mon nez.

Nous avons, nous, les prétendus civilisés, inversé les valeurs ; il est peut-être encore temps, en éternuant un bon coup, de se retrouver dans l'autre sens, après tout l'Everest n'est peut-être qu'un puits de 8 848 mètres de profondeur, et mon nez la clé de mon Zen.

Je ne peux rien expliquer car je ne sais rien, sauf qu'en cas d'urgence Deshimaru est près de moi et se met à rire. Je vous conseille de ne pas prendre ce livre au sérieux. Il mérite beaucoup mieux que cela, il mérite votre amour, votre totale disponibilité et votre absence de limites.

Moi…Qui ? Je ne sais pas. Merci Taisen, de mon âme à mon âme.

Maurice BÉJART, préface du livre Zen (écrit par Michel Bovay, Laurent Kaltenbach, Evelyn De Smedt), édition Albin Michel 1993.




Entre-exister.
Si vous êtes poète, vous verrez clairement un nuage dans cette feuille de papier. Sans nuage, il n’y a pas de papier ; sans pluie les arbres ne poussent pas ; sans arbres, on ne peut pas faire de papier. Si le nuage n’existait pas, la feuille de papier n’existerait pas non plus. On peut donc dire que nuage et papier “entre-existent”. le mot “entre-exister” n’est pas encore dans le dictionnaire, mais on peut très bien le créer en combinant le préfixe “entre” et le verbe exister. Puisqu’il n’y a pas de papier sans nuage, disons que nuage et papier “entre-existent”.

Si nous regardons cette feuille de papier de plus près, nous y voyons aussi le soleil. sans soleil les arbres de la forêt ne poussent pas. En fait sans soleil rien ne pousse. Même pas nous. Alors nous savons que le soleil est aussi dans la feuille de papier. Papier et soleil “entre-existent”. Approchons-nous encore et nous voyons le bûcheron couper l’arbre et le transporter à l’usine pour qu’il soit transformé en papier. Nous voyons aussi le blé, parce qu’un bûcheron ne peut pas vivre sans son pain quotidien : la farine est aussi dans la feuille de papier. Le père et la mère du bûcheron aussi. En considérant les choses de cette manière, nous voyons que sans tous ces éléments, cette feuille de papier ne peut pas exister.

Si notre regard pénètre encore plus profondément, nous voyons que nous sommes aussi dans la feuille de papier. Ça, c’est plutôt facile, puisque nous regardons une feuille de papier, cette feuille fait partie de notre perception. Votre esprit est ici dans cette feuille et le mien y est aussi. Disons que tout est inclus dans cette feuille. Elle contient tout : le temps, l’espace, la terre, la pluie, le minerai, le soleil, le nuage, la rivière, la chaleur. Toutes ces choses co-existent avec cette feuille. C’est pourquoi je dis que le mot “entre-exister” devrait entrer dans le dictionnaire. Exister c’est “entre-exister”. Vous ne pouvez pas exister seul, de vous même. Vous ne pouvez exister qu’en interdépendance avec tout ce qui existe — comme cette feuille de papier.

Imaginons que nous retournions chaque élément à sa source, par exemple, le rayon de soleil au soleil. Pensez-vous que cette feuille de papier pourrait exister ? Non, sans soleil rien n’existe. Et si nous retournions le bûcheron à sa mère, nous n’aurons pas de papier non plus. En fait, cette feuille de
papier est faite d’élément “non-papier”. Or si nous retournons tous les éléments “non-papier” à
leur source, il n’y a plus de papier du tout. Sans ces éléments “non-papier”, tels que l’esprit, le bûcheron et le reste, le papier n’existe pas. L’univers entier est contenu dans cette mince feuille de papier.

Thich Nhat Hanh, The heart of understanding, 1988.



Le 6/12 débat autour du film HEIMAT

HEIMAT, du réalisateur Edgar REITZ est à la fois une série télévisée diffusée en Allemagne à partir de 1984, et un film sorti en 2013 qui comprend 2 épisodes :
HEIMAT I – Chronique d’un rêve et HEIMAT II – L’exode



Dans la série télévisée de 1984, Edgar Heitz avait réalisé un mémorable Heimat de seize heures qui plongeait dans le passé d'un village de Rhénanie, des années 1920 à l'après-guerre de 1940.

Cette fois-ci, dans le film de 2013, il remonte au milieu du XIXe siècle pour évoquer les ancêtres de la famille Simon dans une saga magnifique et captivante.

En 1840, dans le village de Schabbach, le jeune Jakob Simon a une passion pour les livres et pour l'étude que son père, paysan et forgeron, réprouve violemment. Mais les temps changent, et même si les troupes napoléoniennes ont depuis longtemps quitté les lieux, la Révolution française a laissé des traces. Des étudiants descendent le Rhin sur un radeau aux cris de «Liberté, Égalité».

La vie est dure, les récoltes mauvaises, une épidémie de diphtérie décime le village, par un hiver terrible. Beaucoup sont tentés par l'émigration, et des recruteurs brésiliens viennent promettre monts et merveilles aux candidats d'un Nouveau Monde. La famille Simon sera déchirée par le départ du fils aîné, après bien d'autres épreuves qu'on partage comme si on vivait avec eux à Schabbach.

Edgar Reitz a un extraordinaire talent pour ressusciter toute une époque, dans ses gestes quotidiens comme dans sa mentalité profonde. La nature, le travail, la fête, l'amour, le malheur, le deuil, la révolte, l'espoir de jours meilleurs sont enracinés dans le particularisme rude de cette petite communauté, mais on s'y retrouve entièrement, emporté dans le lyrisme puissant des émotions de toujours.
Quelques liens intéressants :
Les Inrocks:

Télérama :

Le Monde :


Ce film est programmé au Cigalon de Cucuron :
Heimat1 du mercredi 20/11 au mardi 26/11
Heimat2 du mercredi 27/11 au mardi 03/12

Détail des séances sur http://cinemalecigalon.fr/Accueil.html

Donc rendez-vous, le 6 décembre, 17h à l'Arbre de Mai, rue de l'église à Cucuron

Martin Videcoq

Le 8 novembre : Que nous dit aujourd'hui la caverne de Platon ?

"Que nous apprend la célèbre allégorie de la caverne sur les chemins qui mènent de l'ombre de la prison des illusions à la lumière de la connaissance et de la vérité libératrices ?"




L'allégorie de la caverne est un passage célèbre du Livre VII de La République de Platon. En voici la traduction établie par Victor Cousin en 1833 :

"Platon, La République, trad. Victor Cousin (1833). livre VII : l'allégorie de la caverne.
(Socrate s'adresse à Glaucon, son disciple, jeune frère de Platon)


[514a] Maintenant, repris-je, pour avoir une idée de la conduite de l’homme par rapport à la science et à l’ignorance, figure-toi la situation que je vais te décrire. Imagine un antre souterrain, très ouvert dans toute sa profondeur du côté de la lumière du jour ; et dans cet antre des hommes retenus, depuis leur enfance, par des chaînes qui leur assujettissent tellement les jambes et le cou, qu’ils ne peuvent ni changer de place  [514b] ni tourner la tête, et ne voient que ce qu’ils ont en face. La lumière leur vient d’un feu allumé à une certaine distance en haut derrière eux. Entre ce feu et les captifs s’élève un chemin, le long duquel imagine un petit mur semblable à ces cloisons que les charlatans mettent entre eux et les spectateurs, et au-dessus desquelles apparaissent les merveilles qu’ils montrent.

Je vois cela.

Figure-toi encore qu’il passe le long de ce mur, des hommes (514c) portant des objets de toute sorte qui paraissent ainsi au-dessus du mur, des figures d’hommes (515a) et d’animaux en bois ou en pierre, et de mille formes différentes ; et naturellement parmi ceux qui passent, les uns se parlent entre eux, d’autres ne disent rien.

Voilà un étrange tableau et d’étranges prisonniers.

Voilà pourtant ce que nous sommes. Et d’abord, crois-tu que dans cette situation ils verront autre chose d’eux-mêmes et de ceux qui sont à leurs côtés, que les ombres qui vont se retracer, à la lueur du feu, sur le côté de la caverne exposé à leurs regards ?

Non, puisqu’ils sont forcés de rester toute leur vie (515b) la tête immobile.

Et les objets qui passent derrière eux, de même aussi n’en verront-ils pas seulement l’ombre ?

Sans contredit.

Or, s’ils pouvaient converser ensemble, ne crois-tu pas qu’ils s’aviseraient de désigner comme les choses mêmes les ombres qu’ils voient passer ?

Nécessairement.

Et, si la prison avait un écho, toutes les fois qu’un des passants viendrait à parler, ne s’imagineraient-ils pas entendre parler l’ombre même qui passe sous leurs yeux ?

Oui.

(515c) Enfin, ces captifs n’attribueront absolument de réalité qu’aux ombres.

Cela est inévitable.

Supposons maintenant qu’on les délivre de leurs chaînes et qu’on les guérisse de leur erreur : vois ce qui résulterait naturellement de la situation nouvelle où nous allons les placer. Qu’on détache un de ces captifs ; qu’on le force sur-le-champ de se lever, de tourner la tète, de marcher et de regarder du côté de la lumière : il ne pourra faire tout cela sans souffrir, et l’éblouissement l’empêchera de discerner les objets dont il voyait (515d) auparavant les ombres. Je te demande ce qu’il pourra dire, si quelqu’un vient lui déclarer que jusqu’alors il n’a vu que des fantômes ; qu’à présent plus près de la réalité, et tourné vers des objets plus réels, Il voit plus juste ; si enfin, lui montrant chaque objet à mesure qu’il passe, on l’oblige, à force de questions, à dire ce que c’est ; ne penses-tu pas qu’il sera fort embarrassé, et que ce qu’il voyait auparavant lui paraîtra plus vrai que ce qu’on lui montre ?

Sans doute.

(515e) Et si on le contraint de regarder le feu, sa vue n’en sera-t-elle pas blessée ? N’en détournera-t-il pas les regards pour les porter sur ces ombres qu’il considère sans effort ? Ne jugera-t-il pas que [ 67 ] ces ombres sont réellement plus visibles que les objets qu’on lui montre ?

Assurément.

Si maintenant on l’arrache de sa caverne malgré lui, et qu’on le traîne, par le sentier rude et escarpé, jusqu’à la clarté du soleil, cette violence n’excitera-t-elle pas ses plaintes (516a) et sa colère ? Et lorsqu’il sera parvenu au grand jour, accablé de sa splendeur, pourra-t-il distinguer aucun des objets que nous appelons des êtres réels ?

Il ne le pourra pas d’abord.

Ce n’est que peu à peu que ses yeux pourront s’accoutumer à cette région supérieure. Ce qu’il discernera plus facilement, ce sera d’abord les ombres, puis les images des hommes et des autres objets qui se peignent sur la surface des eaux, ensuite les objets eux-mêmes. De là il portera ses regards vers le ciel, dont il soutiendra plus facilement la vue, quand il contemplera pendant la nuit la lune (516b) et les étoiles, qu’il ne pourrait le faire, pendant que le soleil éclaire l’horizon.

Je le crois.

A la fin il pourra, je pense, non-seulement voir le soleil dans les eaux et partout où son image se réfléchit, mais le contempler en lui-même à sa véritable place.

Certainement.

Après cela, se mettant à raisonner, il en viendra à conclure que c’est le soleil qui fait les saisons et les années, qui gouverne (516c) tout dans le monde visible, et qui est en quelque sorte le principe de tout ce que nos gens voyaient là-bas dans la caverne.
Il est évident que c’est par tous ces degrés qu’il arrivera à cette conclusion.
Se rappelant, alors sa première demeure et ce qu’on y appelait sagesse et ses compagnons de captivité, ne se trouvera-t-il pas heureux de son changement et ne plaindra-t-il pas les autres ?

Tout-à-fait.

Et s’il y avait là-bas des honneurs, des éloges, des récompenses publiques établies entre eux pour celui qui observe le mieux les ombres à leur passage, qui se rappelle le mieux en quel ordre (516d) elles ont coutume de précéder, de suivre ou de paraître ensemble, et qui par là est le plus habile à deviner leur apparition ; penses-tu que l’homme dont nous parlons fût encore bien jaloux de ces distinctions, et qu’il portât envie à ceux qui sont les plus honorés et les plus puissants dans ce souterrain ? Ou bien ne sera-t-il pas comme le héros d’Homère, et ne préfèrera-t-il pas mille fois n’être qu’un valet de charrue, au service d’un [ 69 ] pauvre laboureur [01], et souffrir tout au monde plutôt que de revenir à sa première illusion et de vivre comme il vivait ?

(516e) Je ne doute pas qu’il ne soit disposé à tout souffrir plutôt que de vivre de la sorte.

Imagine encore que cet homme redescende dans la caverne et qu’il aille s’asseoir à son ancienne place ; dans ce passage subit du grand jour à l’obscurité, ses yeux ne seront-ils pas comme aveuglés ?

Oui vraiment.

Et si tandis que sa vue est encore confuse, et avant que ses yeux se soient remis et (517a) accoutumés à l’obscurité, ce qui demande un temps assez long, il lui faut donner son avis sur ces ombres et entrer en dispute à ce sujet avec ses compagnons qui n’ont pas quitté leurs chaînes, n’apprêtera-t-il pas à rire à ses dépens ? Ne diront-ils pas que pour être monté là-haut, il a perdu la vue ; que ce n’est pas la peine d’essayer de sortir du lieu où ils sont, et que si quelqu’un s’avise de vouloir les en tirer et les conduire en haut, il faut le saisir et le tuer, s’il est possible.

Cela est fort probable.

Voilà précisément, cher Glaucon, (517b) l’image de notre condition. L’antre souterrain, c’est ce monde visible : le feu qui l’éclaire, c’est la lumière du soleil : ce captif qui monte à la région supérieure et la contemple, c’est l’âme qui s’élève dans l’espace intelligible. Voilà du moins quelle est ma pensée, puisque tu veux la savoir : Dieu sait si elle est vraie. Quant à moi, la chose me paraît telle que je vais dire. Aux dernières limites du monde intellectuel, est l’idée (517c) du bien qu’on aperçoit avec peine, mais qu’on ne peut apercevoir sans conclure qu’elle est la cause de tout ce qu’il y a de beau et de bon ; que dans le monde visible, elle produit la lumière et l’astre de qui elle vient directement ; que dans le monde invisible, c’est elle qui produit directement la vérité et l’intelligence ; qu’il faut enfin avoir les yeux sur cette idée pour se conduire avec sagesse dans la vie privée ou publique.

J’entre dans cette manière de voir autant qu’il m’appartient.

Conçois donc aussi et cesse de t’étonner que ceux qui sont parvenus à cette hauteur dédaignent de prendre en main les affaires humaines, et que leurs âmes aspirent sans cesse à se fixer dans la région supérieure. (517d) Cela est bien naturel, s’il y a analogie entre ce dont nous parlons et limage que nous avons tracée plus haut.

Oui, rien déplus naturel.

Qu’y a-t-il d’étonnant, dis-moi, qu’un homme, passant des contemplations divines aux misérables objets qui occupent les hommes, ait mauvaise grâce et paraisse ridicule, lorsque dans le premier trouble, et avant d’être familiarisé avec les ténèbres qui l’environnent, il est forcé d’entrer en dispute devant les tribunaux ou ailleurs sur des ombres de justice ou sur les images qui projettent ces ombres, (517e) et de s’escrimer contre la manière dont ces images sont prises par des hommes qui n’ont jamais vu la justice elle-même ?

Il est impossible de s’en étonner.

(518a) Un homme sensé fera réflexion que la vue peut être troublée de deux manières et par deux causes opposées, par le passage de la lumière à l’obscurité, ou par celui de l’obscurité à la lumière : et comme il en est de même de la vue de l’âme, lorsqu’il verra une âme troublée et embarrassée pour discerner certains objets, il n’ira pas en rire sans raison ; il examinera si c’est que revenant d’un état plus lumineux elle se trouve comme offusquée faute d’habitude, ou si passant des ténèbres de l’ignorance à la lumière, elle est éblouie (518b) de son trop vif éclat. Dans le premier cas, il la félicitera de l’embarras qu’elle éprouve et de ce commerce divin ; dans le second, il la plaindra ; ou bien s’il veut rire à ses dépens, ses railleries seront moins ridicules que si elles s’adressaient à l’âme qui redescend du séjour de la lumière.

On ne peut parler plus raisonnablement.

Or, si tout cela est vrai, il faut en conclure que la science ne s’apprend pas de la manière dont certaines gens le prétendent. Ils se vantent de pouvoir la faire entrer dans  (518c) l’âme où elle n’est point, à peu près comme on donnerait la vue à des yeux aveugles.

Tel est leur langage.


 Ce que nous avons dit suppose au contraire que chacun possède la faculté d’apprendre, un organe de la science ; et que, semblable à des yeux qui ne pourraient se tourner des ténèbres vers la lumière qu’avec le corps tout entier, l’organe de l’intelligence doit se tourner, avec l’âme tout entière, de la vue de ce qui naît vers la contemplation de ce qui est et de ce qu’il y a de plus lumineux dans l’être ; et cela nous l’avons appelé (518d) le bien, n’est-ce pas ?"


Pour les hellénistes, voici un lien vers une traduction annotée par Bernard SUZANNE:
http://plato-dialogues.org/fr/tetra_4/republic/caverne.htm#note29




Bonne lecture,

Quelques explications sur l'allégorie de la caverne

Tout d'abord une image de l'allégorie






Une courte analyse de l'allégorie de la caverne et du livre 7 de La République :
http://la-philosophie.com/platon-caverne-allegorie

Quelques explications plus détaillées :
http://www.philolog.fr/explication-de-lallegorie-de-la-caverne/

Et l'article de wikipedia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/All%C3%A9gorie_de_la_caverne#cite_ref-9



Enfin, pour aller plus loin, vous pouvez écouter cette conférence des Nouveaux Chemins de la connaissance, l'émission phare de France Culture sur la philosophie (tous les jours à 10h)
Lectures de la République de Platon 2/4 : l'allégorie de la caverne

Bonne lecture, bonne écoute

Martin Videcoq

Compte-rendu : "Café-philo : nouveau lieu, nouveau souffle"


Le thème proposé était une invitation à réfléchir sur le devenir du café-philo dans sa 6eme année et après une cinquantaine de débats.

Nouveau lieu

La Grotte Bleue est un lieu convivial et tranquille un peu à l’écart dans Cucuron. L’harmonie des lieux se prête bien aux échanges et à l’écoute.
C’est un salon de thé ouvert à de nombreuses activités de type associatif.
Nos hôtesses, Beya et Rachida nous proposent, après nos débats, de poursuivre nos échanges autour d’un repas convivial, de cuisine marocaine.
La Grotte c’est aussi une caverne, cela nous renvoie à une métaphore célèbre de la philosophie classique, Nous y reviendrons.

Nouveau souffle 

« Trop de réponses.
Il n’a jamais cherché de réponse. Même quand les questions viennent et reviennent. Il veut juste devenir, de son vivant, la vraie question. Pour lui-même. La question juste. …/…
La liberté est terrible. Si petite pour chacun . La si petite liberté humaine. Et ce désir, parfois, de l’enfoncer sous terre. Parce que trop. Si petite, mais déjà trop. On a peur. On voudrait vite des réponses aux questions. A la seule question. Moi aussi j’ai peur. Moi aussi, j’aurais aimé des réponses apaisantes. »

Cet extrait du livre de Jeanne Benameur « Profanes », lu en ouverture, évoque bien la problématique du café-philo. Proposer des réponses ou bien aider chacun à se construire à l’aide de questions, à l'aide de dialogues sur des questions ?

A quoi sert un café-philo ? Pourquoi y venons-nous ? Quelles sont nos attentes ? Quel type d’interventions souhaitons-nous ? Quelle part donner à des témoignages, des problématiques de vie présentés par des intervenants extérieurs ?

Comment organiser l’articulation entre les interventions et le débat ?

C’est autour de ces questions que se sont déroulés les échanges, sous forme de discussion libre plutôt que du tour de table qui était proposé.

Propositions, Attentes

Etendre les thèmes de débat autour d'interventions extérieures et de problématiques posées par le cinéma, la littérature ou le théâtre.

Eviter les interventions trop théoriques, garder un langage simple, les interventions doivent rester à la portée de tous. Pour les intervenants extérieurs, privilégier les témoignages plus que les interventions théoriques.

Où sont les jeunes ? Comment les faire venir au café-philo ?
Pourtant la philosophie peut s’adresser à la jeunesse, dès la maternelle, à l’exemple de l’expérience montrée dans le film « Ce n’est qu’un début »

Nous avons soif de philo et nous ressentons une certaine frustration vis-à-vis de l’inachèvement de certains débats. Comment assurer la continuité et l’approfondissement de certains thèmes dans le temps ? Il faudrait pouvoir poursuivre certains débats à travers plusieurs séances.

Mais, éviter que cela se transforme en cycle de conférences.

Thèmes

Beaucoup de propositions ont été faites au fil de l’eau, qui sont présentées telles quelles et sur lesquelles nous reviendrons pour les organiser par thèmes et y associer des problématiques :

· Le mythe de la caverne

· L’émergence du populisme

· Poursuite du thème « Identité, appartenance »

· Le Soufisme

· Le Bouddhisme

· La Laïcité

· Fin de vie

· Souffrance

· Violence

· L’économie de l’échange, l’économie solidaire

· La consommation

· La fuite vers l’individualisme
« Souci de soi, Conscience du monde », Raphaël Liogier »

· La décroissance

· Le hasard

· Qu’est-ce qu’un philosophe ?

· L’aide, l’écoute des autres, le « Care »

· Débats autour de films tels que : Amour (Haneke), Miele (Golino), Hannah Arendt (Von Trotta), Quelques heures de printemps (Brizé)


N'hésitez pas à  laisser des commentaires, amendements et compléments afin d'alimenter le débat.

Martin Videcoq