| Date | Sujet | Lieu |
| fev-15 | L'homme écocidaire: L'Homme de passions | L'Ormeau |
| janv-15 | L'homme écocidaire: L'Homme de travail | L'Ormeau |
| dec-14 | Comment vivre la laïcité au quotidien ? | L'Ormeau |
| nov-14 | "Le Royaume" d'Emmanuel Carrère | L'Ormeau |
| oct-14 | Autorité et discipline | L'Ormeau |
| juin-14 | "Dès lors qu’on ne se préoccupe plus de la vie, on ne craint plus la mort" | L'arbre de mai |
| mai-14 | Pulsion de vie, pulsion de mort,au cœur de toute réalité ? | L'arbre de mai |
| avr-14 | Antisémitisme, Totalitarisme et Banalité du mal | L'arbre de mai |
| févr-14 | Peut-on dire du bouddhisme qu’il est une philosophie ? | L'arbre de mai |
| janv-14 | Sagesses bouddhistes, Sagesses philosophiques | L'arbre de mai |
| déc-13 | débat autour du film HEIMAT | La grotte bleue |
| nov-13 | Que nous dit aujourd'hui la caverne de Platon ? | La grotte bleue |
| oct-13 | Café-philo, nouveau lieu, nouveau souffle | La grotte bleue |
| juin-13 | L'autre : c'est moi ? | Horloge |
| mai-13 | La fraternité : utopie désuète ? | Horloge |
| avr-13 | La perfection peut-elle être de ce monde ? | Horloge |
| mars-13 | Y a-t-il un idéal de vie réussie ? | Horloge |
| févr-13 | Faut-il transmettre du sens ? | Horloge |
| janv-13 | Quel lien entre les générations ? | Horloge |
| déc-12 | Pourquoi aimer la vie ? | Horloge |
| nov-12 | "Quelles limites pour l'humain?" | Horloge |
| oct-12 | "Philosopher pour réanchanter le monde ?" | Horloge |
| juin-12 | "L'amour, valeur suprême ?" | Horloge |
| mai-12 | Politique et Sagesse | Horloge |
| avr-12 | Spéculations sur la crise | Horloge |
| mars-12 | La Crise ("D'un retournement, l'autre", F. Lordon) | Horloge |
| févr-12 | La responsabilité du mal | Horloge |
| janv-12 | L'espèce humaine est-elle nuisible ? | Horloge |
| déc-11 | Congédier ou inviter l'Absolu ? | Horloge |
| nov-11 | Rire : pour supporter la vie | Horloge |
| oct-11 | VIVRE : Pourquoi ? | Remise |
| juin-11 | Progrès technique, progrès moral ? | Remise |
| mai-11 | Y a-t-il des valeurs universelles ? | Remise |
| avr-11 | Identité Appartenance | Remise |
| mars-11 | Espérance / Utopie | Remise |
| févr-11 | Y a-t-il une sagesse "du" politiuqe ? | Remise |
| janv-11 | La sagesse : un rêve fou ? | Remise |
| déc-10 | Homo sapiens, Homo demens ? | Remise |
| nov-10 | Les Passions, nous aident-elles à vivre ? | Remise |
| oct-10 | Que dit le silence ? | Remise |
| juin-10 | La Vérité ? Quel non sens ! | Remise |
| mai-10 | Le bonheur ? | Remise |
| avr-10 | La vie n'est-elle qu'un songe ? | Remise |
| mars-10 | Y a-t-il une vie après la vie ? | Remise |
| févr-10 | Animal - Humain : continuité ou rupture | Remise |
| janv-10 | La vraie vie : Où ? Quand ? | Remise |
| nov-09 | Qui ceux-ci sont-ils ? Café-philo saucisson (film "chez Marcel" | Cercle |
| oct-09 | Sacraliser, désacraliser le corps ? | Cercle |
| juin-09 | "La nature aime-t-elle de cacher ?" Héraclite | Cercle |
| mai-09 | "Il n'y a ni vice, ni vertu. Proie ou chasseur, voilà le monde." EESchmitt | Cercle |
| avr-09 | Masculin, Féminin : Qu'es aco ? | Cercle |
| mars-09 | Le mail, la souffrance : Absurdité, non-sens ? | Cercle |
| févr-09 | Les lois suffisent-elles pour réduire la violence ? | Cercle |
| déc-08 | Loi, Limite, Liberté | Cercle |
| nov-08 | Trop de morale ? Pas assez de morale ? | Cercle |
| oct-08 | L'art, notre vraie demeure | Cercle |
| juin-08 | D'où venons-nous, où allons-nous ? | Cercle |
| mai-08 | Eduquer aujourd'hui !? | Cercle |
| avr-08 | Faut-il avoir peur du changement ? | Cercle |
| mars-08 | Où commence et où s'arrête la normalité ? | Cercle |
| févr-08 | Qu'est-ce qui donne à penser aujourd'hui ? | Cercle |
Suivi des débats du café-philo, initié en 2008 par Martin Videcoq, aujourd'hui accueilli chaque deuxième mardi du mois (sauf juillet-août) à L'Essentiel, Cucuron.
Liste des sujets traités depuis fev 2008
Après les massacres des 7 au 9 janvier : Le fanatisme religieux et nous.
Il y a quelques jours nous avons vécu un traumatisme collectif par les massacres perpétrés par des fanatiques religieux alors que s’échangeaient encore des vœux de bonne et heureuse année.
Après le moment du choc, de la sidération, est venu celui du réconfort : nous nous sommes retrouvés, étonnamment nombreux, dans l’espace public, pour partager notre émotion. Ce moment a été très important car il semble que nous ayons renoué, par la reconnaissance partagée de notre attachement à un certain esprit d’irrévérence vis-à-vis des pouvoirs incarné par Charlie Hebdo, avec une vérité précieuse sur nous-mêmes que nous avions perdue de vue.
Il serait intéressant de réfléchir sur ce que peut être cette vérité qui nous constitue en tant que société malgré toutes nos différences, et qui résonne si largement dans la conscience des hommes de par le monde – comme on l’a vu avec le mouvement international de solidarité suite à ces événements.
Car le troisième moment – celui que nous avons atteint aujourd’hui – ne peut être que celui de la réflexion en vue de l’action. Mais il ne faut pas confondre l’action avec la réaction. Dans le comportement par réaction les buts ne sont-ils pas déterminés par l’agresseur, plutôt que par celui qui réagit ?
On peut alors se demander si ce langage guerrier que l’on entend beaucoup aujourd’hui et qui incline à renforcer les pouvoirs de police et de répression, et à légiférer pour restreindre les libertés, n’est pas essentiellement un symptôme réactif. L’ennui, alors, serait qu’il ait été anticipé par les agresseurs – ou plutôt leurs commanditaires – et que, finalement, il servirait leurs intérêts.
La réflexion pour l’action se demandera plutôt ce que nous pouvons faire, en tant que société singulière – française et multiculturelle –, pour que recule le fanatisme religieux.
La première lucidité n’est-elle pas d’avoir conscience que ces tueurs fanatisés et surarmés viennent de chez nous ? N’ont-ils pas grandi parmi nous et fréquenté nos institutions ? Ne ressemblent-t-ils pas à tant de jeunes avec qui nous avons travaillé, en lesquels nous avons pu nous fier pour l’intérêt commun ?
S’il faisaient partie du « nous » par lequel nous faisons société, comment ont-ils pu dériver vers des comportements aussi meurtriers et suicidaires ? Qu’avons-nous manqué pour que soit possible une telle dérive ? Pourquoi tant de jeunes – des centaines – désertent-ils notre vivre-ensemble pour s’engager dans le djihad au Moyen Orient ?
Cela n’a-t-il pas à voir avec l’éclipse de cette valeur collective avec laquelle nous avons renoué après le massacre à Charlie Hebdo ?
Qu’est-ce qu’être fanatique ? Comment le devient-on ? Pourquoi le fanatisme s’empare-t-il si volontiers de la croyance religieuse ? Pourquoi la laïcité a-t-elle été impuissante à se poser en rempart ?
Nous proposons, en tant que café-philo, de participer à cette réflexion désormais très nécessaire sur « le fanatisme religieux et nous ».
Pierre Jean DESSERTINE
Bibliographie sur la laïcité
- Spinoza, Traité théologico-politique, 1670, voir en particulier le chap. XVII
- John Locke, Lettre sur la tolérance écrite en 1685,Garnier-Flammarion, 1992
- La laïcité, textes choisis et présentés par Henri Pena-Ruiz, Flammarion, 2003
- Catherine Kintzler, Qu'est-ce que la laïcité ?, Vrin, 2007
- Catherine Kintzler, Penser la laïcité, Minerve, 2014
- Catherine Kintzler, La République en questions, Paris, éd. Minerve, 1996
- Lucy, Eve et Marianne de Georges Brianne, Privat, 2010
- Traité d'athéologie, Michel Onfray, Grasset, 2005
- Baby-Loup, histoire d'un combat, Luce Dupraz 2012
- Comment le voile est tombé sur la crèche, Caroline Eliacheff, 2013
- L’affaire Baby Loup ou la nouvelle laïcité S. Hennette-Vauchez , V. Valentin, 2014
La laïcité aujourd'hui
La laïcité va mal, ou plutôt, la laïcité est mise à mal. De vrais ennemis en faux amis, elle est diabolisée par les uns, sacralisée par les autres, falsifiée ou instrumentalisée par beaucoup, incomprise ou déroutante , disons, pour les plus sincères.
Mais le concept de laïcité n'est pas inné : il est peut-être, et avant tout, le fruit d'une éducation, d' une construction individuelle et permanente par ce que l'historien Claude Nicolet appelait "un exercice spirituel", une sorte de "laïcité intérieure" ou "intériorisée".
En plantant cet arbre de la Laïcité, nous n'agressons personne, nous ne provoquons personne, nous renouons avec une vieille tradition qui s’inspire des arbres de la liberté plantés en grand nombre lors de la Révolution française puis de la Révolution de 1848.
Mais nous regardons l'avenir. Aujourd'hui, planter un arbre de la Laïcité, c'est certes commémorer la loi fondatrice du 9 décembre 1905, c'est aussi et avant tout affirmer un engagement laïque éclairé et vigilant.
On la
déclare tour à tour : «Ouverte, agressive, apaisée, exigeante, tolérante, combattante...»,que
sais-je encore, jusqu'à l'absurde.
Ainsi,
dans un environnement complexe et
imprévisible, où le vivre ensemble devient de plus en plus problématique, l’honnête
homme du XXIème siècle peine à s'y retrouver.
Alors, et
pour commencer, si nous avons quelque difficulté à dire de quoi la laïcité est vraiment
le nom, et sans adjectifs s'il vous plaît, nous pouvons sans doute observer ce à quoi elle a permis ou permet d'échapper.
C'est l'histoire qui nous l'enseigne. Et il faut
bien convenir que nous venons de loin.
L’humanité
a ceci de commun qu’elle s’est toujours, et légitimement, interrogée sur les
grands mystères existentiels.
La
diversité des réponses, la variété des options spirituelles et des idéologies ne
posent vraiment problème que lorsque l’une d’entre elles prétend imposer son
credo à toutes les autres.
C'est le temps de l'absolutisme, "Un Roi, une Loi, une Foi".
On en connaît les résultats : on entre dans cet "état de discorde" que dénonçait Kant ,
C'est le temps de l'absolutisme, "Un Roi, une Loi, une Foi".
On en connaît les résultats : on entre dans cet "état de discorde" que dénonçait Kant ,
car « Là
où il y a un élu, il y a un exclu.» selon une formule de R. Debray.
C'est le temps de l’intolérance qui « a
couvert la terre de carnage », comme l’écrivait Voltaire,celui -la même qui en défendit de sanglantes victimes de Jean Calas au Chevalier
de la Barre.
Il fut l'une de ces grandes voix déviantes qui permirent de faire de la
tolérance une force émancipatrice qui, au siècle des Lumières et avec la Révolution
française, mit fin aux privilèges
ecclésiastiques et nobiliaires et ouvrit
la voie en matière de liberté de
conscience, d’égalité des droits, de souveraineté populaire.
Mais c'est
la loi sur la séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905,
qui a
marqué en France, un seuil qualitatif et essentiel de laïcisation, loi qui visait, ne l'oublions
pas,à mettre fin, à ce que l'on a appelé le "conflit des deux France".
Il est
indispensable de garder toujours en mémoire ses deux premiers articles
et d'en bien peser les termes :
La République assure la liberté de conscience.
Elle garantit le libre exercice des cultes ...
La
République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.
C'est autour
de ces principes défendus par Aristide Briand au cours de vifs débats que s'ordonne depuis lors la laïcité
française. Ainsi, la puissance publique,
la République, en séparant l’État des organisations religieuses selon le voeu
de Victor Hugo : "L'Eglise chez elle
et l'Etat chez lui", la République sera alors véritablement refondée sur le
principe de neutralité, s'affranchira de prendre parti sur ce qui peut diviser
ou opposer les hommes en matière de convictions.
Cet
acquis, depuis 1946, nous le savons, a valeur constitutionnelle :
l’article
1er de la Constitution de 1958 énonce en effet :
« La France est une République indivisible, laïque,
démocratique
et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de
tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les
croyances… ».
Cette histoire tourmentée nous rappelle combien la laïcité est un formidable acquis
républicain,d'ailleurs
synonyme de démocratie pour Jean Jaurès et
qu'il faut à tout prix préserver quels que soient nos engagements politiques,
religieux ou philosophiques...
Car cet
acquis historique est fragile.
Le monde
s'ouvre, le monde bouge, et pas toujours dans le bon sens.
Encore trop
de bruit et de fureur, d'obscurantisme, d'intolérance et d'oppression parfois
jusqu'à la terreur.
Un monde aussi où les conditions de vie sont bouleversées par un processus de globalisation,qui engendre beaucoup de régressions sociales, de précarité d' injustices et d'inégalités, sources inépuisables de frustrations dangereuses et de réflexes de peur.
Il y a là un terrain propice aux pathologies bien connues du rejet de l'autre : le repli sur soi égoïste, le racisme, la xénophobie, un terrain propice aux réactions identitaires comme aux dérives communautaristes, aux tentations intégristes ou aux solutions extrémistes, un terrain où les ponts s'effondrent et où les murs se dressent.
Dans ces conditions, le « vivre ensemble » est complètement ébranlé, la pensée laïque se trouve face à de nouveaux défis et se doit d'avoir, si j'ose dire, la "force tranquille" d'affirmer de quoi elle est le nom, c'est urgent, d'énoncer sereinement et clairement sa visée et ses principes.
En déclarant d'abord, qu'elle n'est ni antireligieuse, ni agnostique, ni athée, ce n'est pas une sorte de religion civile, que défendait Rousseau, mais un principe fondé sur la raison, comme le voulait Condorcet, un principe qui permet, a priori, la vie commune, l'accueil et l'intégration d' individus où de groupes quelles que soient leurs origines, leurs coutumes, leurs sensibilités ou croyances, qui garantit la cohésion sociale, sans discriminations, sans présupposés d'aucune sorte, mieux encore, où la différence est enfin conçue comme une force augmentée, comme ce qui lie et non ce qui sépare, un principe qui accorde à chacun la faculté de croire ou de ne pas croire, de l’exprimer et la vivre individuellement ou collectivement dans les limites de l’ordre public et des prescriptions de la Loi.
Un monde aussi où les conditions de vie sont bouleversées par un processus de globalisation,qui engendre beaucoup de régressions sociales, de précarité d' injustices et d'inégalités, sources inépuisables de frustrations dangereuses et de réflexes de peur.
Il y a là un terrain propice aux pathologies bien connues du rejet de l'autre : le repli sur soi égoïste, le racisme, la xénophobie, un terrain propice aux réactions identitaires comme aux dérives communautaristes, aux tentations intégristes ou aux solutions extrémistes, un terrain où les ponts s'effondrent et où les murs se dressent.
Dans ces conditions, le « vivre ensemble » est complètement ébranlé, la pensée laïque se trouve face à de nouveaux défis et se doit d'avoir, si j'ose dire, la "force tranquille" d'affirmer de quoi elle est le nom, c'est urgent, d'énoncer sereinement et clairement sa visée et ses principes.
En déclarant d'abord, qu'elle n'est ni antireligieuse, ni agnostique, ni athée, ce n'est pas une sorte de religion civile, que défendait Rousseau, mais un principe fondé sur la raison, comme le voulait Condorcet, un principe qui permet, a priori, la vie commune, l'accueil et l'intégration d' individus où de groupes quelles que soient leurs origines, leurs coutumes, leurs sensibilités ou croyances, qui garantit la cohésion sociale, sans discriminations, sans présupposés d'aucune sorte, mieux encore, où la différence est enfin conçue comme une force augmentée, comme ce qui lie et non ce qui sépare, un principe qui accorde à chacun la faculté de croire ou de ne pas croire, de l’exprimer et la vivre individuellement ou collectivement dans les limites de l’ordre public et des prescriptions de la Loi.
En déclarant
ensuite, qu'elle n'est pas une
conviction ou une idéologie parmi tant d'autres, mais le cadre juridique qui les autorise toutes, la puissance publique,
l’Etat, s’abstenant d’intervenir
dans ce domaine, sauf pour en permettre la coexistence.
Dit
autrement, c'est le cadre nécessaire
pour l'indispensable séparation de la recherche
du Juste, qui s'adresse à tous et dans l'égalité des droits et du Bien, dont
les conceptions sont multiples, souvent opposées,
parfois manichéennes.
Benjamin
Constant l'avait dit également, d'une autre manière:
"Que l'autorité se borne à être juste, nous
nous chargerons d'être heureux."
En
déclarant enfin, qu'elle ne se réduit pas à la tolérance nécessaire dans la
société civile, mais qu'elle se définit comme un idéal universaliste d'organisation de la cité, fondé sur la
liberté de conscience, certes, mais aussi l'égalité de tous les citoyens et la visée de
l'intérêt général comme seule raison d'être de l'Etat et de ses services.
Mais c'est,
et essentiellement, dans la pratique de l'action publique que la
laïcité doit se déployer pleinement et de ce point de vue, la représentation
citoyenne, pour être crédible, se doit d'être exemplaire.
Ecoutons le
philosophe Henri Pena-Ruiz : le devoir des élus dit-il, est "de
rappeler à tous leurs administrés que leur humanité ne se réduit pas à une appartenance
à une religion, qu'ils sont hommes et citoyens avant d'être musulmans où
catholiques. Des citoyens porteurs de volonté générale, c'est à dire d'une
faculté de vouloir ce qui vaut pour tous et non ce qui ne vaut que pour eux
seuls."
Et il
ajoute "Une politique républicaine
ne doit viser que l'intérêt général, commun à tous."
La laïcité
est donc une belle exigence humaniste et un puissant levier citoyen.
Et c'est bien fondamentalement le rôle de l'école publique laïque, entendue comme institution de la
République, comme lieu d'intégration, de rencontre et de pacification, comme lieu de savoir et d'émancipation où l'on apprend à bien discerner
ce que l'on croit, ce que l'on suppose et ce que l'on sait, comme lieu d'apprentissage
collectif, et d'accès à la citoyenneté.
Voila ce que nous sommes venus dire ce soir par ce geste
symbolique et sur cet espace qui l'est
tout autant.
En plantant cet arbre de la Laïcité, nous n'agressons personne, nous ne provoquons personne, nous renouons avec une vieille tradition qui s’inspire des arbres de la liberté plantés en grand nombre lors de la Révolution française puis de la Révolution de 1848.
Mais nous regardons l'avenir. Aujourd'hui, planter un arbre de la Laïcité, c'est certes commémorer la loi fondatrice du 9 décembre 1905, c'est aussi et avant tout affirmer un engagement laïque éclairé et vigilant.
Désormais,
notre terre aptésienne va nourrir ce chêne de sa force paisible et fraternelle.
Souhaitons
lui longue vie. Qu'il s'élève et déploie ses rameaux et son feuillage
persistant.
A son
image symbolique, que la laïcité prenne racine dans les esprits et les
coeurs rassemblés,qu'elle résiste aux vents mauvais et protège les générations présentes et à venir
de sa tutelle bienfaisante.
Amis de la laïcité , nous le savons, "Rien n'est
jamais acquis à l'homme" comme le dit Aragon, qui écrivit aux heures sombres "La rose et le réséda".
C'était le temps de la France prisonnière.
"Qu'importe comment
s'appelle Cette clarté sur leur pas
Que l'un fut de la chapelle Et l'autre s'y dérobât
Que l'un fut de la chapelle Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles Des lèvres, du coeur, des bras
Tous les deux étaient fidèles Des lèvres, du coeur, des bras
Et tous les deux disaient qu'elle Vive
et qui vivra verra"
Que vive la laïcité !
Discours de Henri Georgietti à l'occasion de la plantation d'un arbre de la laïcité à Apt, le 9 décembre 2014
09/12/2014 - Comment vivre la laïcité au quotidien ?
La laïcité,
fondée à l'origine sur le principe de tolérance,
peut-elle conduire à l'intolérance, voire à l'exclusion
?
Le débat sera introduit à partir du témoignage de Pascal Pontier, éducatrice spécialisée.
- Comment vivre la laïcité au quotidien ?
- Bref rappel historique de l'émergence la laïcité et de ses principes
- La laïcité aujourd'hui : n' y a-t-il pas lieu de la redéfinir ?
13/11/2014, "Le Royaume" d'Emmanuel Carrère
Un des grands intérêts du livre " Le Royaume" est ce dialogue entre les deux Emmanuel Carrère :
- celui d'il y a 20 ans, qui a fait preuve pendant 3 ans d'une foi dévorante et mystique, qui passait plusieurs heures par jour à lire l' évangile selon St Jean, et à remplir ses carnets évangéliques,
- et l'agnostique d'aujourd'hui, "même pas assez croyant pour être athée", mais qui garde un "goût" pour la Parole, pour le Nouveau Testament et analyse honnêtement ce qui lui reste du message du Royaume.
Ce dialogue tourne autour de trois questions principales :
- les sources : quel est exactement le message originel du Nouveau Testament, comment s'est-il constitué ?
- comment expliquer l'incroyable succès de ce message ? Comment une petite secte de Palestine, une région perdue de l'empire romain, est-elle devenue la principale église de l'empire, à l'origine des principales religions du monde occidental ?
- que reste-t-il du message originel ? Que signifie "Le Royaume" aujourd'hui ?
Extraits du "Royaume" :
« À un moment de ma vie, j’ai été chrétien. Cela a duré trois ans. C’est passé.
Je suis devenu celui que j’avais si peur de devenir. Un sceptique. Un agnostique – même pas assez croyant pour être athée. Un homme qui pense que le contraire de la vérité n’est pas le mensonge mais la certitude. Et le pire, du point de vue de celui que j’ai été, c’est que je m’en porte plutôt bien.
Affaire classée, alors ? Il faut qu’elle ne le soit pas tout à fait pour que, quinze ans après avoir rangé dans un carton mes cahiers de commentaire évangélique, le désir me soit venu de rôder à nouveau autour de ce point central et mystérieux de notre histoire à tous, de mon histoire à moi. De revenir aux textes, c’est-à-dire au Nouveau Testament.
Ce chemin que j’ai suivi autrefois en croyant, vais-je le suivre aujourd’hui en romancier ? En historien ? Je ne sais pas encore, je ne veux pas trancher, je ne pense pas que la casquette ait tellement d’importance.
Disons en enquêteur. »
../..
« Non, je ne crois pas que Jésus soit ressuscité. Je ne crois pas qu'un homme soit revenu d'entre les morts. Seulement, qu'on puisse le croire, et de l'avoir cru moi-même, cela m'intrigue, cela me fascine, cela me trouble, cela me bouleverse [...]. J'écris ce livre pour ne pas me figurer que j'en sais plus long, ne le croyant plus, que ceux qui le croient et que moi-même quand je le croyais. J'écris ce livre pour ne pas abonder dans mon sens. »
../..
« Toute la doctrine de Paul, si on peut appeler doctrine quelque chose d’aussi intensément vécu, repose là-dessus : la résurrection est impossible, or un homme est ressuscité. En un point précis de l’espace et du temps s’est produit cet événement impossible, qui coupe l’histoire du monde en deux : avant, après, et coupe aussi en deux l’humanité : ceux qui ne le croient pas, ceux qui le croient, et pour ceux qui le croient, qui ont reçu la grâce incroyable de croire cette chose incroyable, rien de ce qu’ils croyaient auparavant n’a plus de sens. »
Autres Citations :
Alfred Loisy
« Jésus annonçait le Royaume, et c'est l'Église qui est venue. »
- celui d'il y a 20 ans, qui a fait preuve pendant 3 ans d'une foi dévorante et mystique, qui passait plusieurs heures par jour à lire l' évangile selon St Jean, et à remplir ses carnets évangéliques,
- et l'agnostique d'aujourd'hui, "même pas assez croyant pour être athée", mais qui garde un "goût" pour la Parole, pour le Nouveau Testament et analyse honnêtement ce qui lui reste du message du Royaume.
Ce dialogue tourne autour de trois questions principales :
- les sources : quel est exactement le message originel du Nouveau Testament, comment s'est-il constitué ?
- comment expliquer l'incroyable succès de ce message ? Comment une petite secte de Palestine, une région perdue de l'empire romain, est-elle devenue la principale église de l'empire, à l'origine des principales religions du monde occidental ?
- que reste-t-il du message originel ? Que signifie "Le Royaume" aujourd'hui ?
Extraits du "Royaume" :
« À un moment de ma vie, j’ai été chrétien. Cela a duré trois ans. C’est passé.
Je suis devenu celui que j’avais si peur de devenir. Un sceptique. Un agnostique – même pas assez croyant pour être athée. Un homme qui pense que le contraire de la vérité n’est pas le mensonge mais la certitude. Et le pire, du point de vue de celui que j’ai été, c’est que je m’en porte plutôt bien.
Affaire classée, alors ? Il faut qu’elle ne le soit pas tout à fait pour que, quinze ans après avoir rangé dans un carton mes cahiers de commentaire évangélique, le désir me soit venu de rôder à nouveau autour de ce point central et mystérieux de notre histoire à tous, de mon histoire à moi. De revenir aux textes, c’est-à-dire au Nouveau Testament.
Ce chemin que j’ai suivi autrefois en croyant, vais-je le suivre aujourd’hui en romancier ? En historien ? Je ne sais pas encore, je ne veux pas trancher, je ne pense pas que la casquette ait tellement d’importance.
Disons en enquêteur. »
../..
« Non, je ne crois pas que Jésus soit ressuscité. Je ne crois pas qu'un homme soit revenu d'entre les morts. Seulement, qu'on puisse le croire, et de l'avoir cru moi-même, cela m'intrigue, cela me fascine, cela me trouble, cela me bouleverse [...]. J'écris ce livre pour ne pas me figurer que j'en sais plus long, ne le croyant plus, que ceux qui le croient et que moi-même quand je le croyais. J'écris ce livre pour ne pas abonder dans mon sens. »
../..
« Toute la doctrine de Paul, si on peut appeler doctrine quelque chose d’aussi intensément vécu, repose là-dessus : la résurrection est impossible, or un homme est ressuscité. En un point précis de l’espace et du temps s’est produit cet événement impossible, qui coupe l’histoire du monde en deux : avant, après, et coupe aussi en deux l’humanité : ceux qui ne le croient pas, ceux qui le croient, et pour ceux qui le croient, qui ont reçu la grâce incroyable de croire cette chose incroyable, rien de ce qu’ils croyaient auparavant n’a plus de sens. »
Autres Citations :
« Jésus annonçait le Royaume, et c'est l'Église qui est venue. »
G. K. Chesterton
« Le monde moderne n’est pas méchant ; sous certains aspects, le monde moderne est beaucoup trop bon. Il est plein de vertus désordonnées et décrépites. Quand un certain ordre religieux est ébranlé (comme le fut le christianisme à la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices que l’ont met en liberté. Les vices, une fois lâchés, errent à l’aventure et ravagent le monde. Mais les vertus,
elles aussi, brisent leur chaînes, et le vagabondage des vertus n’est pas moins forcené et les ruines qu’elles causent sont plus terribles.
Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles.
Elles sont devenues folles, parce qu’isolées l’une de l’autre et parce qu’elles vagabondent toutes seules. C’est ainsi que nous voyons des savants épris de vérité, mais dont la vérité est impitoyable ; des humanitaires éperdus de pitié mais dont la pitié (je regrette de le dire) est souvent un mensonge.
../..
Il est vain de parler de l’antagonisme de la raison et de la foi. La raison est elle même un sujet de foi. C’est un acte de foi de prétendre que nos pensées ont une relation quelconque avec une
réalité quelle qu’elle soit. »
elles aussi, brisent leur chaînes, et le vagabondage des vertus n’est pas moins forcené et les ruines qu’elles causent sont plus terribles.
Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles.
Elles sont devenues folles, parce qu’isolées l’une de l’autre et parce qu’elles vagabondent toutes seules. C’est ainsi que nous voyons des savants épris de vérité, mais dont la vérité est impitoyable ; des humanitaires éperdus de pitié mais dont la pitié (je regrette de le dire) est souvent un mensonge.
../..
Il est vain de parler de l’antagonisme de la raison et de la foi. La raison est elle même un sujet de foi. C’est un acte de foi de prétendre que nos pensées ont une relation quelconque avec une
réalité quelle qu’elle soit. »
Jeu 16/10/2014 : Autorité et Discipline
Ce débat sera introduit par Roland JUPKE, ancien prisonnier politique en Allemagne de l'Est.
Comment parvient-on à
refuser, seul dans la foule, de faire le salut nazi ?
C’est par la référence à cet acte, hautement symbolique, d’August
Landmesser en 1936, que sera introduite la question de l’Autorité et de la
Discipline.
Extériorité - Intériorité
Autorité et Discipline peuvent s’exercer sur nous, à
travers des forces extérieures :
l’état, le gouvernement, la police, les institutions, et toute personne
« ayant autorité » sur nous.
Mais Autorité et Discipline peuvent aussi s’exercer à travers nos propres forces
intérieures, résultant de notre rapport aux traditions, au passé, résultant de
nos expériences , de nos idéaux, de nos savoirs.
Tyrannie, Pouvoir
autoritaire - Consentement, Servitude
Autorité et Discipline Imposées ou consenties, imposées
et consenties ?
Pourquoi les hommes ont-ils cette pulsion de vouloir
dominer l’autre et consentent aussi
souvent à être dominés ?
"Le discours de la servitude volontaire" d’Etienne de la
Boétie, montre bien la limite entre la contrainte et le consentement :« Apprenez
à ne plus servir et vous serez libre ! »
Et dans "Surveiller et Punir" de Michel
Foucault, comme dans "1984" d’Orwell, la surveillance extérieure (le panoptique,
Big Brother) se transforme peu à peu en auto-surveillance.
Et nous essaierons, en revenant à Platon et l’Allégorie de la caverne de démêler les fils
entre autorité, soumission, pouvoir et conditionnement.
Inscription à :
Articles (Atom)
