Suivi des débats du café-philo, initié en 2008 par Martin Videcoq, aujourd'hui accueilli chaque deuxième mardi du mois (sauf juillet-août) à L'Essentiel, Cucuron.
Comment vivre ensemble ? extraits de textes de Shopenhauer et de Roland Barthes
Schopenhauer contre le vivre-ensemble : une apologie de la solitude
http://philitt.fr/2014/05/06/schopenhauer-contre-le-vivre-ensemble-une-apologie-de-la-solitude/
Sur Roland Barthes et son cours " Comment vivre ensemble ? " de 1976-1977
http://www.lacanquotidien.fr/blog/wp-content/uploads/2012/01/Observatoire-Lazarus-Matet.pdf
http://philochat.blogspot.fr/2010/12/roland-barthes-comment-vivre-ensemble.html
http://leportique.revues.org/673
19/5/2015 : Comment vivre ensemble ? Eloge de la différence
La nature humaine, commune et universelle, fonde chaque être humain différent des autres. Mais, dans le même temps, un autre penchant très humain nous pousse à préférer les socialisations identitaires, fondées sur le similaire et l’identique, où la différence est pensée comme une valeur négative, une menace envers soi et les siens. Comment penser la différence ? Comment penser la différence de telle manière que nous puissions nous défaire de cette interprétation erronée et destructrice, et en faire une valeur constructive ?
Nicolas de Cues (1401-1464) De Pace Fidei (XVI)
Document 2 : Une des raisons de l’origine des préjugés culturels
analysé par le célèbre ethnologue et philosophe Claude Lévi-Strauss.
« [...] il semble que la diversité des cultures soit rarement apparue aux hommes pour ce qu'elle est : un phénomène naturel, résultant des rapports directs ou indirects entre les sociétés ; ils y ont plutôt vu une sorte de monstruosité ou de scandale ; dans ces matières, le progrès de la connaissance n'a pas tellement consisté à dissiper cette illusion au profit d'une vue plus exacte qu'à l'accepter ou à trouver le moyen de s'y résigner. L'attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu'elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. “Habitudes de sauvages”, “cela n'est pas de chez nous”, “on ne devrait pas permettre cela”, etc., autant de réactions grossières qui traduisent ce même frisson, cette même répulsion, en présence de manières de vivre, de croire ou de penser qui nous sont étrangères. »
Document 3 : Une des raisons du rejet de la différence est que,
intuitivement, chacun pense le monde à partir de lui et le juge à partir de
lui.
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Sources :
ÉLOGE DE LA DIFFÉRENCE, CONFÉRENCE PAR ÉRIC LOWEN
Association ALDÉRAN Toulouse pour la promotion de la Philosophie
Document 1 : Quelques exemples de ces modes d’appréhensions
négatives de la diversité et des différences humaines.
« Concernant
le mariage, il y a telle diversité qu'ici un homme a une seule épouse, là une seule
épouse légitime mais plusieurs concubines, ailleurs enfin plusieurs épouses légitimes.
Ajoutez l'innombrable diversité des rites sacrificiels, parmi lesquels celui
des Chrétiens, offrant le pain et le vin, les disant le corps et le sang du
Christ, et mangeant et buvant eux-mêmes la victime sacrifié, paraît le plus
abominable, puisqu'ils mangent ce qu'ils vénèrent. Avec tous ces rites qui
diffèrent, en outre, selon les temps et les lieux, comment réaliser l'union, je
ne le conçois point. Or, faute d'y réussir, point ne cessera la persécution,
car la diversité engendre l'aversion, l'inimitié et la guerre. »Nicolas de Cues (1401-1464) De Pace Fidei (XVI)
« Une des idées maîtresses de cet ouvrage, c’est la
grande influence des mélanges ethniques, autrement dit des mariages entre les
races diverses [...] on présenta cet axiome que tant valait le mélange obtenu,
tant valait la variété humaine produit de ce mélange et que les progrès et les
reculs des sociétés ne sont autre chose que les effets de ce rapprochement. »
Joseph Arthur Gobineau (1816-1882) Essai
sur l’inégalité des races humaines, 1855
« [...] il semble que la diversité des cultures soit rarement apparue aux hommes pour ce qu'elle est : un phénomène naturel, résultant des rapports directs ou indirects entre les sociétés ; ils y ont plutôt vu une sorte de monstruosité ou de scandale ; dans ces matières, le progrès de la connaissance n'a pas tellement consisté à dissiper cette illusion au profit d'une vue plus exacte qu'à l'accepter ou à trouver le moyen de s'y résigner. L'attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu'elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions. “Habitudes de sauvages”, “cela n'est pas de chez nous”, “on ne devrait pas permettre cela”, etc., autant de réactions grossières qui traduisent ce même frisson, cette même répulsion, en présence de manières de vivre, de croire ou de penser qui nous sont étrangères. »
Claude Lévi-Strauss (1908-2009) Race et
histoire, 1952
« Seule
la raison peut dépasser cette appréhension primaire du monde et de l’humanité. De
l'ethnocentrisme européen, des traces indélébiles demeurent, affectant au
quotidien la communication interculturelle. Nos globes terrestres ont toujours,
du moins dans les productions de série, la même orientation, qui force les
habitants de l'hémisphère austral (on ne parle plus, comme au Moyen Âge,
d'antipodes) à se considérer comme situés audessous de ceux de l'hémisphère
Nord. Dans le vocabulaire courant des relations internationales, le
Proche-Orient (en anglais Near East) est toujours l'orient le plus proche de
l'Europe, comme l'Extrême-Orient (en anglais Far East) est le plus éloigné de Paris
ou de Londres, le Moyen-Orient occupant une position médiane par rapport aux deux
premiers. Ces discriminations passées dans le langage perpétuent insidieusement
les mythes et les légendes de l'ethnocentrisme européen. Il est vrai - mais la
consolation est maigre - que d'autres systèmes de référence ethnocentriques
perdurent ou se créent. Les atlas japonais contemporains placent toujours,
comme au XIXème siècle, l'empire du Soleil Levant au centre des planisphères illustrant
les livres scolaires ; les Australiens ont même créé un planisphère centré sur leur
pays et où la rose des vents a été inversée, comme pour mieux signifier le
rejet des orientations européennes. »
Katérina Stenou Images de l’autre, 1998
Document 4 : La différenciation humaine est le résultat d’interactions
multiples entre Nature et Culture, entre les éléments innés et acquis, entre
les gènes et le milieu.
« De
l’interaction de ces éléments simples s’élabore une complexité unique, un
individu. La diversité des individus qu'engendre la reproduction sexuelle dans
les populations humaines est rarement prise pour ce qu'elle es : l'un des
principaux moteurs de l'évolution, un phénomène naturel sans lequel nous ne
serions pas de ce monde. [...] Par une singulière équivoque, on cherche à
confondre deux notions pourtant bien distinctes : l'identité et l'égalité. L’une
se réfère aux qualités physiques ou mentales des individus ; l'autre à leurs
droits sociaux et juridiques. La première relève de la biologie et de l'éducation
; la seconde de la morale et de la politique. L'égalité n'est pas un concept biologique.
On ne dit pas que deux molécules ou deux cellules sont égales. Ni même deux
animaux, comme l'a rappelé George Orwell (1). C'est bien sûr l'aspect social et
politique qui est l'enjeu de ce débat, soit qu'on veuille fonder l'égalité sur
l'identité, soit que, préférant l'inégalité, on veuille la justifier par la
diversité. Comme si l'égalité n'avait pas été inventée précisément parce que les êtres humains ne sont
pas identiques. S'ils étaient tous aussi semblables que des jumeaux
univitellins (2), la notion d'égalité n'aurait aucun intérêt. Ce qui lui donne
sa valeur et son importance, c'est la diversité des individus ; ce sont leurs
différences dans les domaines les plus variés. La diversité est l'une des
grandes règles du jeu biologique. Au fil des générations, ces gènes qui forment
le patrimoine de l'espèce s'unissent et se séparent pour produire ces
combinaisons chaque fois éphémères et chaque fois différentes que sont les
individus. Et cette diversité, cette combinaison infinie qui rend unique chacun
de nous, on ne peut la surestimer. C'est elle qui fait la richesse de l'espèce
et lui donne ses potentialités. [...] Chez les êtres humains, la diversité
naturelle est encore renforcée par la diversité culturelle qui permet à
l'humanité de mieux s'adapter à des conditions de vie variées et à mieux
utiliser les ressources de ce monde. Mais dans ce domaine pèse la menace de la monotonie,
de l'uniformité et de l'ennui. Chaque jour s'amenuise cette extraordinaire variété
qu'ont mise les hommes dans leurs croyances, leurs coutumes, leurs
institutions. »
François Jacob (1920-2013) Le Jeu des
possibles, 1981
Biologiste et philosophe français contemporain. Prix Nobel.
(1) Essayiste et romancier anglais (1903-1950). Dans la République des animaux, allégorie inspirée de Swift, il s'en prend au régime de dictature prolétarienne, où «tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres». (2) Jumeaux nés du même oeuf.
Biologiste et philosophe français contemporain. Prix Nobel.
(1) Essayiste et romancier anglais (1903-1950). Dans la République des animaux, allégorie inspirée de Swift, il s'en prend au régime de dictature prolétarienne, où «tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres». (2) Jumeaux nés du même oeuf.
Document 5 : De l’utilité de la diversité des manières d’êtres
afin de pouvoir relativiser ses propres données culturelles et individuelles.
« Il
est bon de savoir quelque chose des moeurs de divers peuples, afin de juger des
nôtres plus sainement, et que nous ne pensions pas que tout ce qui est contre
nos modes soit ridicule, et contre raison, ainsi qu’ont coutume de faire ceux
qui n’ont rien vu. »
René Descartes (1596-1650) Discours de
la méthode, 1637
Document 6 : La diversité comme exaltation de l’existence.
Hommage à Victor Segalen (1878-1919) qui fut poète, médecin de marine,
ethnographe et archéologue français. Après des études de médecine à l'École du
service de santé des armées de Bordeaux, l'officier-médecin est affecté en
Polynésie française. Il n'aime pas la mer, ni naviguer mais débarquer et
découvrir. Il séjourne à Tahiti en 1903 et 1904. Lors d'une escale aux îles
Marquises, il a pu acheter les derniers croquis de Gauguin, décédé trois mois
avant son arrivée, croquis qui seraient, sans lui, partis au rebut. Il rapporte
en métropole un roman, les Immémoriaux (1907), un journal et des essais sur
Gauguin et Rimbaud qui ne seront publiés qu'en 1978.
Conseil au bon voyageur
« Ville au bout de la route et route prolongeant la
ville : ne choisis donc pas l’une ou l’autre, mais l’une et l’autre bien
alternées.
Montagne
encerclant ton regard le rabat et le contient que la plaine ronde libère. Aime
à sauter roches et marches ; mais caresse les dalles où le pied pose bien à
plat.
Repose-toi
du son dans le silence, et, du silence, daigne revenir au son. Seul si tu peux,
si tu sais être seul, déverse-toi parfois jusqu’à la foule.
Garde
bien d’élire un asile. Ne crois pas à la vertu d’une vertu durable : romps-la
de quelque forte épice qui brûle et morde et donne un goût même à la fadeur.
Ainsi,
sans arrêt ni faux pas, sans licol et sans étable, sans mérites ni peines, tu parviendras,
non point, ami, au marais des joies immortelles,
Mais
aux remous pleins d’ivresse du grand fleuve Diversité. »
Victor Segalen (1878-1919 ) Stèles,
1912 ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Sources :
ÉLOGE DE LA DIFFÉRENCE, CONFÉRENCE PAR ÉRIC LOWEN
Association ALDÉRAN Toulouse pour la promotion de la Philosophie
Suite de notre café-philo du 14 avril : Pour une spiritualité sans Dieu ?
Suite à notre débat du 14 avril, voici quelques références bibliographiques et en pièce jointe, une copie de l'intervention.
Références bibliographiques
André Comte-Sponville : L'esprit de l'athéisme : Introduction à une spiritualité sans Dieu - Albin Michel 2006
Luc Ferry : L'Homme-Dieu ou le sens de la vie - Livre de Poche 1997
Luc Ferry : La révolution de l'amour : pour une spiritualité laïque - Plon 2010
J. Paul Sartre : L'existentialisme est un humanisme - 1945
http://www.sandamaso.es/uploaded_files/2_sartre_lexistentialisme_est_un_humanisme.pdf
14/04/2015 : Pour une spiritualité sans Dieu ?
Suite aux attentats de début janvier, nous avions décidé de participer à cette réflexion, désormais très nécessaire, sur les questions du vivre ensemble, de la tolérance et du fanatisme.
Nous avons programmé trois débats :
« Humour et blasphème » ; le 24 mars, nous nous sommes retrouvés plus de 40 pour ce débat très éclairant, introduit par Pierre Koest
« Pour une spiritualité sans dieu ? », qui sera l’objet de notre débat du 14 avril et que j’aurai l’honneur d’introduire
« Vivre ensemble, comment ? », qui sera l’objet de notre débat du 19 mai, sous une forme qui reste à déterminer (débat ouvert ?)
Spiritualité laïque, spiritualité athée, spiritualité sans Dieu, spiritualité agnostique, … la multiplicité des approches montre bien qu’il n’est pas simple d’aborder cette question.
Parmi les nombreux philosophes et penseurs qui s’y sont risqués récemment, André Comte Sponville a été remarqué pour son livre : L'Esprit de l'athéisme : Introduction à une spiritualité sans Dieu, Albin Michel, 2006
Ecoutons son introduction :
« Retour de la spiritualité ? On ne pourrait que s’en féliciter. Retour de la foi ? Ce ne serait pas un problème. Mais le dogmatisme revient avec, trop souvent, et l’obscurantisme, et l’intégrisme, et le fanatisme parfois. On aurait tort de leur abandonner le terrain. Le combat pour les Lumières continue, il a rarement été aussi urgent, et c’est un combat pour la liberté.
Un combat contre la religion ? Ce serait se tromper d’adversaire. Mais pour la tolérance, pour la laïcité, pour la liberté de croyance et d’incroyance. L'esprit n’appartient à personne. La liberté non plus. »
Nous commencerons donc avec André Comte Sponville à nous poser trois questions :
- Peut-on se passer de religion ?
- Dieu existe-t-il ?
- Quelle spiritualité pour les athées ?
Mais Si Dieu n’est plus l’alpha et l’Omega de notre spiritualité, sur quelles valeurs la refonder ? Serait-ce l’Homme qui deviendrait le nouvel absolu ?
Nous tenterons donc avec Comte Sponville, mais aussi Luc Ferry et Jean-Paul Sartre d’explorer quelques pistes permettant de reconstruire une spiritualité et un humanisme sans référence à Dieu.
Martin Videcoq
....
Nous avons programmé trois débats :
« Humour et blasphème » ; le 24 mars, nous nous sommes retrouvés plus de 40 pour ce débat très éclairant, introduit par Pierre Koest
« Pour une spiritualité sans dieu ? », qui sera l’objet de notre débat du 14 avril et que j’aurai l’honneur d’introduire
« Vivre ensemble, comment ? », qui sera l’objet de notre débat du 19 mai, sous une forme qui reste à déterminer (débat ouvert ?)
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Spiritualité laïque, spiritualité athée, spiritualité sans Dieu, spiritualité agnostique, … la multiplicité des approches montre bien qu’il n’est pas simple d’aborder cette question.
Parmi les nombreux philosophes et penseurs qui s’y sont risqués récemment, André Comte Sponville a été remarqué pour son livre : L'Esprit de l'athéisme : Introduction à une spiritualité sans Dieu, Albin Michel, 2006
Ecoutons son introduction :
« Retour de la spiritualité ? On ne pourrait que s’en féliciter. Retour de la foi ? Ce ne serait pas un problème. Mais le dogmatisme revient avec, trop souvent, et l’obscurantisme, et l’intégrisme, et le fanatisme parfois. On aurait tort de leur abandonner le terrain. Le combat pour les Lumières continue, il a rarement été aussi urgent, et c’est un combat pour la liberté.
Un combat contre la religion ? Ce serait se tromper d’adversaire. Mais pour la tolérance, pour la laïcité, pour la liberté de croyance et d’incroyance. L'esprit n’appartient à personne. La liberté non plus. »
Nous commencerons donc avec André Comte Sponville à nous poser trois questions :
- Peut-on se passer de religion ?
- Dieu existe-t-il ?
- Quelle spiritualité pour les athées ?
Mais Si Dieu n’est plus l’alpha et l’Omega de notre spiritualité, sur quelles valeurs la refonder ? Serait-ce l’Homme qui deviendrait le nouvel absolu ?
Nous tenterons donc avec Comte Sponville, mais aussi Luc Ferry et Jean-Paul Sartre d’explorer quelques pistes permettant de reconstruire une spiritualité et un humanisme sans référence à Dieu.
Martin Videcoq
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Suite café-philo Humour et Blasplème du 24/03/2015
Bibliographie
BERGSON Henri, Le Rire 1900BOESPLUG François, Caricaturer Dieu. Pouvoir et dangers de l’image
DERRIDA Jacques, Le Terrorisme , Monde diplomatique Février 2004
DESMONS Eric, PAVEAU M.Anne Outrages, insultes, blasphèmes et injures, L’Harmattan 2008
ECO Umberto, Apostille au nom de la Rose
HUTINGTON Samuel, Le choc des civilisations Odile Jacob 1996
KEPEL Gilles, Jihad, Folio Actuel, 2003
MARION Jean-Luc, L’Idole et la distance Figures Grasset 1977
MEDDEB Abdelwahab, La maladie de l’Islam Points Essais 2002
MONDZAIN Marie-José, L’image peut-elle tuer ? Bayard 2002
ROY Olivier, La Sainte Ignorance Essais Seuil 2008
RUSHDIE Salman, Les versets sataniques, Poche 2000
SARRAZIN Bernard, Le rire et le sacré, Desclée de Brouwer 1991
VANEIGEM Raoul, La résistance au Christianisme
24/03/2015 HUMOUR ET BLASPHEME
Mardi 24 mars, 19h au café de l'Ormeau à Cabrières d'Aigues
Le rire est-il une arme à double tranchant ?
Par Pierre Koest, philosophe
L’ « Affaire Charlie »,
dans la brutalité du drame qui s’est joué le 7 janvier 2015, a créé une onde de choc, que l’on pourrait
croire étouffée par le brouhaha incessant de médias qui ne cessent de renouveler
leurs «Unes », en disant au fond toujours la même chose :
l’insignifiance de l’écume des jours. « Semper eadem, sed aliter[1] »
disait Schopenhauer.
Cependant, si les mêmes causes
produisent les mêmes effets, il est à craindre que l’irruption du terrorisme
dans notre quiétude quotidienne ne se reproduise bientôt. Sans prétendre donner
de solutions à un problème géopolitique extrêmement complexe, nous ne croyons pas inutile de prendre les choses par le
« petit bout de la lorgnette », c’est à dire celui de l’humour,
du rire, qui, lorsqu’il s’attaque au « sacré » se voit taxé de
blasphématoire.
S’agit-il d’une même guerre, les belligérants jouent-ils selon la même
règle du jeu, ou ne sont-ils pas victimes d’un jeu de dupe, parce que l’enjeu
n’est pas le même pour les uns et pour les autres : d’une part , la défense de la liberté d’expression,
considérée comme valeur « sacrée » de la laïcité et de la
République, d’autre part, la défense d’un
autre sacré, celui d’une foi que l’on estime, à tort ou à raison, être victime
de blasphème.
D’où peut-être un tragique
malentendu, savamment orchestré par tous ceux qui veulent faire de la
piètre analyse de Hutington une réalité, celle d’un « choc des
civilisations ». Nous nous interrogerons sur les points
suivants :
1° L’humour,
le rire, la caricature. Comment peuvent-ils devenir, aussi, une
« arme » ? Que/ qui peuvent-ils attaquer ? Quel sens donner
à cette lutte ? Notre « civilisation dite des
Lumières » a-t-elle le monopole d’un rire qui renverrait ses victimes
à l’obscurantisme ou même à la « barbarie » ?
2° Que
sous-entend le (droit au) « blasphème » ? Doit-on penser un
blasphème qui jouerait de la même façon pour toute religion, ou ne faut-il pas
distinguer différents types de blasphème,
en fonction des religions, en particulier celles « du
Livre » ?
Quel rôle
joue ici le concept d’’image ? Quel but recherche le blasphème, quels enjeux ?
3° Est-il possible d’imaginer que le dialogue de sourds qui
s’est établi entre les défenseurs de la laïcité et ceux d’une foi ou d’une
culture religieuse puisse déboucher sur un véritable dialogue, qui ne
s’exprimerait plus seulement par le bruit des armes ou par celui du rire, mais
par l’usage d’une raison réciproquement ouverte à l’altérité, comme une certaine
lecture de la laïcité pourrait le laisser espérer ?
Pierre Koest
Extraits du livre "Pourquoi l'homme épuise-t-il sa planète ?" de PJ Dessertine
La boucle nature culture
Le principe de comportement des hommes n'a pas changé : ils agissent ordinairement pour avancer dans leurs intérêts particuliers. Mais du point de vue de Sirius, il faut distinguer deux ordres d'effets de leurs comportements :- selon l'ordre culturel, ils modifient la représentation qu'ils ont d'eux-mêmes en tant que genre humain ;
- selon l'ordre naturel, ils modifient l'environnement dans lequel ils vivent.
La maîtrise de la violence relève de l'ordre culturel ; le défrichage de la forêt relève de l'ordre naturel. Entre ces deux ordres les rapports sont à la fois hiérarchiques et circulaires.
L'ordre naturel est le plus fondamental. En effet l'ordre culturel n'existe et ne s'anime qu'autant que l'ordre naturel est assuré dans sa pérennité puisque ce sont ses échanges avec son environnement qui permettent à l'homme d'entretenir sa vitalité.
L'ordre culturel est le plus essentiel. En lui se joue le sens de l'existence humaine : l'homme est en effet l'être vivant qui ne se contente pas des satisfactions apportées par la réplétion de ses besoins, mais qui s'inquiète de la valeur de sa vie. Et s'il ne peut pas lui trouver un sens, l'homme désespère de sa vie.
Mais l'ordre naturel dépend de l'ordre culturel. Les modalités selon lesquelles l'homme interviendra sur son environnement dépendent de la manière dont il se représente lui-même dans cet environnement et de la valeur qu'il se donne.
Nécessité Inédite d'une réflexion philosophique sur l'ordre naturel
Or jusqu'à présent, cette dernière dépendance n'était pas un problème pour l'homme, ou, si elle l'était, c'était comme problème local : comment vivre, comment faire prospérer le groupe humain, dans telles ou telles conditions d'environnement ?Le pathétique de notre époque est qu'elle nous impose une réflexion universelle sur l'ordre naturel, alors même que l'ordre culturel est moins maîtrisé que jamais. Les situations d'injustice entre les hommes n'ont jamais été aussi graves qu'aujourd'hui.
Ce qu'on appelle la « mondialisation » n'est qu'un système de gestion des capitaux à l'échelle de la planète entière, système qui ne laisse aucun être humain sauf. Des contrées entières sont dévastées et des populations deviennent exsangues d'être asservies aux exigences de retour sur investissement de bailleurs de fonds. Et jamais il n'y a eu une telle coupure entre ceux qui consomment leur vitalité pour créer des richesses et ceux qui les possèdent. Or l'injustice est le terreau de la violence. Et la violence détruit les hommes, et la culture.
Et pourtant cette situation sociale catastrophique, enserrée dans un ordre mondial seulement perturbé par des conflits périphériques et des foules de migrants se pressant contre les frontières des pays riches, en arrive à passer au second plan face à l'urgence du problème posé par la détérioration de l'environnement naturel.
En effet, la révolution industrielle a révélé à l'homme une nouvelle dimension de sa finitude : l'usage de son environnement naturel a des limites, l'exubérante abondance de la nature n'était qu'une illusion d'échelle, déterminée par une population humaine peu nombreuse et aux moyens techniques d'effet modeste.
La « soif de destruction » que Kant range parmi les conséquences de l'irrationalité humaine ne pèse donc plus seulement sur les relations entre les hommes, mais aussi - et de manière plus irrémédiable du fait de son unicité - sur la planète Terre, dont on ne peut éviter d'entendre désormais les premiers craquements.
A.A. Cournot semble bien avoir été un des premiers à s'interroger, en 1877, sur les limites des ressources naturelles face à l'expansion de l'espèce, car, dit-il, « l'obligation d'embrasser la suite des générations successives s'impose lorsqu'il s'agit de richesses qui s'épuisent par l'exploitation, mais dans quelle mesure ? »
Ce problème crucial de la prise en compte des limites dans l'utilisation de l'environnement, qu'on appelle communément le problème écologique, suscite aujourd'hui un grand malaise lorsque les humains pensent à leur planète. On pourrait dire, en effet, que les hommes se regardent, avec impuissance, « épuiser » leur planète.
A qui veut entendre, les scientifiques ont très bien fait connaître ce phénomène, décrivant les chaînes causales aboutissant à cet « épuisement », précisant en quoi il consiste, anticipant les évolutions à venir et proposant des indications sur les mesures à prendre pour les éviter. Mais bien que les hommes aient acquis, depuis quelques décennies, le clair savoir des dommages qu'ils provoquent, ils continuent d'agir de manière ravageuse pour leur planète.
Cette conscience des conséquences n'a toujours pas suffit pour arrêter, ni même pour modérer, les rejets qui alimentent le réchauffement climatique, les entreprises qui dévastent les écosystèmes, ou même l'interventionnisme technique - trop intrusif pour être contrôlable - dans l'intime de la matière ou du vivant.
Cette impuissance pratique souligne que le problème écologique n'est pas essentiellement technique. Il ne s'agit pas tant de se mettre d'accord sur les bons moyens pour remédier que de savoir pourquoi on ne remédie pas. Il s'agit donc de savoir quelle valeur on accorde à notre environnement naturel, ce qu'on attend de notre interaction avec lui, et pourquoi l'on ne va pas là où la raison nous conseille d'aller. Il s'agit d'y voir plus clair dans cette irrationalité.
Quel est le sens universel de ce processus tragique ? « Pourquoi » l'homme épuise-l-il sa planète ? C'est au discours philosophique de prendre en charge un tel problème qui interroge les fins du rapport de l'homme à son environnement naturel.
Or ce n'est pas une tâche simple.
Car la philosophie se posait traditionnellement comme le couronnement de la culture : elle essayait de penser en termes conceptuels, et donc d'un point de vue universel, le sens de l'existence humaine. Par contre, l'ordre naturel ne l'intéressait pas, il relevait en quelque sorte de l'intendance, c'est-à-dire de la gestion des intérêts particuliers. Comme le disait Aristote, il faut des esclaves pour travailler, afin que le philosophe ait le loisir de réfléchir sur les fins dernières de l'homme.
Hé bien non ! La philosophie se doit aujourd'hui d'ouvrir un nouveau domaine pratique qui est celui des choix concernant la gestion de l'ordre naturel. Et elle est requise de réfléchir dans l'urgence d'une situation critique. Pour cela, il lui faut accepter de prendre en compte un type de comportements - les comportements techniques - traditionnellement considérés par elle comme triviaux. Elle est ainsi doublement dépaysée. Elle doit s'aventurer dans une matière où elle n'a pas mûri ses propres concepts, elle doit se faire entendre là où les discours scientifiques et techniques sont dominants.
Mais la tâche est incontournable. L'homme a besoin de sens. Comment transmettre la confiance dans l'avenir dont les enfants ont besoin pour grandir si, une fois constatées les alertes sur le réchauffement ou la destruction d'écosystèmes d'une part, notre incapacité à les prendre en compte dans nos décisions d'autre part, nous ne pouvons plus leur répondre que par le silence ? Il faut bien prendre du recul et s'interroger sur les raisons des comportements humains dans l'ordre naturel.
PJ Dessertine
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