La question des biais cognitifs:
Sommes-nous condamnés aux raisonnements erronés ?
En bleu, les
mises en perspective philosophiques
La
cognition est l'ensemble des processus mentaux qui se rapportent à
la fonction de connaissance. Ils mettent en jeu la mémoire, le
langage, le raisonnement, l'apprentissage, l'intelligence, la
résolution de problèmes, la prise de décision, la perception ou
l'attention
Comment qualifier le regard, la
perception des humains, quelle que soit leur personnalité ?
Ils traitent l’information d’un
point de vue égocentré, de manière intuitive et marquée par le
sentiment d’évidence immédiate.
Ainsi nous avons peu à peu renoncé à
croire que la Terre était :
plate
(Parménide en affirmait déjà le caractère sphérique),
immobile
(Héraclide du Pont proposait l’idée d’une rotation de la Terre
sur elle-même).
au centre de
l’univers, même s’il est bien vrai, que notre observation
ordinaire nous enjoint de considérer que c’est le soleil qui
tourne autour de la Terre, et non l’inverse (Aristarque de Samos
proposait l’hypothèse d’une Terre tournant autour du soleil et
non l’inverse),
Notre conception de l’espace a
considérablement évolué.
La recherche de l’objectivité a
conduit les hommes, que ce soit par l’observation ou la spéculation
purement théorique, à tenter de dépasser leur perception
égocentrée du monde.
Les nouvelles
conceptions qui se sont offertes sur le marché cognitif ont
mis longtemps à s’imposer.
Le système héliocentrique, par exemple, fut conçu, quoique sous
une forme moins aboutie, 18 siècles avant Copernic, par le grec
Aristarque de Samos.
Le fait que ce système s’est imposé plus tardivement dans la
pensée humaine que le système géocentrique peut trouver bien des
explications savantes, mais aucune ne disqualifiera l’idée que son
acceptation tardive doit beaucoup au fait qu’il est
contre-intuitif, qu’il lui a fallu, pour montrer sa
supériorité, passer outre le sentiment d’évidence immédiate
et trompeuse que nous suggèrent les limites spatiales de notre
expérience commune.
« L’arche
Terre ne se meut pas » écrivait Husserl. Cela signifie que
l’expérience fondatrice demeure : c’est toujours à partir
du vécu d’une Terre stable, au-dessus de laquelle nous voyons
défiler des astres, que nous formons nos conceptions cosmologiques.
Définition des biais
cognitifs
Ils sont :
*une distorsion naturelle dans
le processus d’acquisition de l’information.
*une déviation dans le
traitement cognitif d’une information
* un ensemble d’erreurs de
raisonnement (pratiques, théoriques, conscients ou inconscients)
qui aboutissent à une croyance fausse
Ils nous font évaluer une situation à
partir de stéréotypes, filtres ou interprétations erronées.
La théorie des biais cognitifs a été
développée au début des années 70 par les psychologues Amos
Tversky et Daniel Kahneman (psychologue et économiste). Ces derniers
cherchaient à justifier la prise de décision irrationnelle dans le
domaine économique.
Caractéristiques des biais
cognitifs
L’involontarité : on ne
contrôle pas directement la production d’un biais. Si certaines
conditions sont en place, alors le jugement produit sera biaisé.
L’imperceptibilité : le
recours au mécanisme qui produit les biais cognitifs semble
largement échapper à la conscience du sujet. On dira donc que ses
propres biais lui sont imperceptibles ; il ne se rend pas compte que
son raisonnement le mène à une erreur.
L’inconformité : inconformes
aux règles de raisonnement traditionnelles.
Problématique
À quelle condition pourrions-nous
dépasser nos biais cognitifs ?
Nous proposons d’examiner cette
théorie des biais cognitifs à partir de quelques exemples :
EXEMPLE I
Description orale présentée au
premier groupe : Marco est intelligent, travailleur, sanguin,
critique, têtu et envieux.
Description orale présentée au
deuxième groupe : Marco est envieux, têtu, critique,
sanguin, travailleur et intelligent
Question : que pensez-vous de
Marco ?
L’ordre dans lequel sont placés les
adjectifs peuvent avoir une influence sur la représentation de
quelque chose ou quelqu’un.
Biais de préambule-prologue ou
biais de primauté : le souvenir d'éléments obtenus lors
d'une première-dernière impression sont plus vivaces par rapport
aux éléments suivants-précédents.
Salomon Asch (1946) a mis en relief, le
premier, ce phénomène de la cognition humaine. Pour cela, il
présenta à deux groupes d’individus distincts la description, en
une phrase, d’une même personnalité, avec les mêmes qualités et
les mêmes défauts. Mais, dans un cas, les défauts étaient
présentés en premier et, dans l’autre, en dernier.
Ce biais est très
lié aux conditions de l’expérimentation. L’expérimentateur
présente cette caractérisation de « Marco » en donnant
pour consigne à chaque groupe de l’évaluer sans préjugés.
Autrement dit, les sujets de l’expérimentation doivent faire comme
si la proposition qu’ils doivent examiner « tombait du
ciel ». Mais cela n’est jamais le cas. Par exemple lors de
cette expérimentation, nous avons très bien perçu dans les
réponses que les groupes avaient tenu compte qu’ils répondaient
dans le cadre d’une expérimentation sur les biais cognitifs !
C’est parce que
toute proposition est reçue en fonction du contexte de son
énonciation qu’elle a, pour son récepteur, non seulement une
signification,
mais aussi un sens,
c’est-à-dire une valeur qui lui est propre.
Les deux phrases
proposées ont exactement la même signification
(les mêmes mots sont utilisés), mais n’ont pas le même sens.
Car pour le récepteur, dans le contexte où il reçoit la
proposition, l’ordre dans lequel l’émetteur a choisi de placer
les adjectifs manifeste une intention : c’est pourquoi il ne
comprend pas les deux phrases de la même manière. Ce « biais
cognitif » n’est donc pas en soi un défaut de maîtrise
cognitive. Ce serait plutôt une richesse de la capacité cognitive.
Biais d’épilogue :
tendance à se remémorer plus facilement et/ou à accorder plus
d’importance aux derniers éléments d’une série. A propos d’un
repas, par exemple, on pourra considérer que le menu était très
attrayant si le dessert nous a particulièrement réjoui.
EXEMPLE II
Biais de confirmation :
tendance à ne prêter attention qu’aux données qui confirment
une hypothèse de départ, en l’occurrence ses propres opinions
initiales et à ignorer les données qui la contredisent.
Les participants à l’étude lisent
chacun deux rapports fictifs sur les effets de la peine de mort
sur les taux de meurtre dans différents états américains, dans
une version brève d’abord, puis dans une version détaillée.
Ces deux travaux présentent des
conclusions contraires :
(1) les effets de la peine de mort sur
le taux de meurtre sont positifs,
(2) les effets de la peine de mort sur
le taux de meurtre sont négatifs.
Dans chaque rapport, les faiblesses de
l’étude réalisée sont mises en évidence, de manière égale.
Malgré cela, les participants en
viennent à utiliser les travaux de manière à confirmer leurs
opinions initiales, en ne prêtant attention qu’aux résultats
du travail qui les confirment.
Les résultats présentés dans le
travail qui infirment leurs opinions sont considérés comme faibles.
On appelle cette
manière de fausser un débat objectif entre deux thèses, un « biais
de confirmation » parce qu’il tend à confirmer
la vision du monde
que l’on a déjà. On a tous une vision du monde en fonction de
laquelle on fait ses choix lorsqu’on doit choisir sans avoir la
disponibilité pour une longue réflexion – et c’est presque
toujours le cas dans la vie. Cette vision du monde est une certaine
hiérarchisation des valeurs et pointe vers une certaine idée du
Bien
par laquelle on veut donner sens à sa vie. Notre vision du monde en
général évolue – par exemple pendant l’adolescence – mais
elle doit rester assez stable pour faciliter l’usage de notre
liberté dans la vie courante ; c’est pourquoi nous sommes
enclins, entre deux thèses opposées mais plausiblement argumentées,
à choisir celle qui la confirme.
Le débat
démocratique, par exemple sur la peine de mort, présuppose que nous
nous donnions collectivement la disponibilité de mettre entre
parenthèses, le temps du débat, notre vision du monde particulière,
afin d’examiner objectivement les arguments des uns et des autres,
parce que cela nous ouvre la perspective d’avancer vers un Bien
Commun !
EXEMPLE III
Le biais généré par
l’« heuristique de disponibilité »
Le premier des biais, et le plus connu
des psychologues cognitifs de l’erreur, appartient précisément au
registre des erreurs inductives que Tversky et Kahneman (1973) ont
identifiées au début des années 70 et qu’ils nommèrent «
heuristique de disponibilité »
Il consiste en
un raisonnement basé uniquement ou principalement sur les
informations
immédiatement disponibles à sa mémoire, en particulier
lorsqu'elles sont stéréotypées
L'heuristique de
disponibilité ne mène pas forcément à des conclusions biaisées.
Il peut s'agir d'un mode de raisonnement efficace qui permet de
résoudre un problème avec un effort cognitif minimal. Confrontée à
une situation, la personne ne cherchera pas à acquérir de nouvelles
informations qui pourraient éclairer la situation ou la question
sous un autre jour, de manière plus rationnelle ou objective.
Ce sont les
informations immédiatement disponibles qui sont privilégiées ou
surestimées.
Nous
confondons la validité d’une idée avec la rapidité avec laquelle
elle vient à l’esprit
1er cas
En situation de
stress intense la
panique induit une
action à partir de la première chose qui vient à l’esprit :
une personne dans un immeuble
en feu pense tout de suite à escalier = sortie. Il cherchera à
descendre dans un escalier enfumé au lieu de se protéger et
d'attendre les secours dans un appartement calfeutré.
La
représentation
mentale de l'escalier comme une éventuelle voie de sortie est
saillante
et prend le pas sur d'autres éléments (comme la possibilité de
fumées toxiques, etc.) qui devraient amener à reconsidérer cette
option.
2ème
cas
Des informations
répétées par plusieurs sources ou à plusieurs reprises deviennent
plus facilement une représentation mentale. C'est ainsi qu'une
rumeur peut se
répandre.
Campagne de
désinformation…ancrer un mode opératoire dans l’esprit du
public (exemple personnel d’avertissement par une dame du village,
en Grèce, à Hios, de faire attention aux albanais alors qu’il n’y
en avait pas sur l’île…)
3ème
cas
« Considérez la lettre r. Parmi les
mots comportant trois lettres et plus de la langue anglaise, le r
apparaît selon vous plus fréquemment en première ou troisième
position ? ». Une grande majorité des individus a répondu qu'il y
avait, dans la langue anglaise, plus de mots commençant par la
lettre r que de mots dont la troisième lettre est r, alors que c'est
le contraire qui est vrai.
Dans le même temps donné, l’opération
qui consiste à trouver un mot commençant par la lettre r est plus
fréquemment couronnée de succès que celle de trouver un mot dont
la troisième lettre est r ; de là vient l'impression fausse, qu'il
y a dans la langue anglaise plus de mots dont la première lettre est
r que de mots dont la troisième lettre est r.
Le raisonnement est donc : « Si
dans un temps donné je trouve plus d'exemples d'une catégorie que
d'une autre, c'est que la première est plus importante que la
seconde. »
4ème
exemple
En couple ou
avec amis, vous discutez de la meilleure destination pour les
vacances Une proposition surgit, un endroit paradisiaque et presque
parfait. Assez vite vous vous souvenez d’un article lu récemment
sur les actes de violence dans ce pays, et alors vous suggérez
d’abandonner cette destination. Vous ne prenez pas en compte
d’autres données, ni pesez le pour ou le contre
Question soulevée : si les
problèmes posés par ce biais relèvent d’un dérapage de la
logique inductive, c’est qu’il s’agit d’y estimer la validité
d’un énoncé général à partir d’exemples particuliers (ceux
que nous sommes capables de nous remémorer).
Le
biais d’« heuristique de disponibilité » est
particulièrement intéressant du fait de l’ampleur de son
utilisation par la communication de propagande.
Pourquoi les
messages publicitaires sont-ils aussi envahissants, insistants,
intrusifs ? Pour que, dans le public-cible, soit spontanément
associés à certains désirs, des comportements d’achat
déterminés.
Ce qu’on
appelle « l’opinion publique », et qui sert à
justifier bien des décisions politiques, est essentiellement générée
à partir du biais d’« heuristique de disponibilité ».
Elle se fonde en effet sur des sondages où il est demandé au sondé
de répondre instantanément, sans réfléchir, selon un choix de
réponses très limité – très souvent OUI/NON – à des
questions (comme sur la peine de mort) pour lesquelles on n’a pas
de réponse simple, mais une réponse qu’on aimerait développer
comme nuancée, conditionnelle, et même hésitante. Alors que
fait-on ? On va à la réponse la plus disponible,
celle qui a été répétée
mille fois dans les médias dominants. C’est ainsi que l’opinion
publique suit toujours les campagnes de presse qui ont précédé les
sondages.
On peut lire un
approfondissement de cet usage social du biais d’« heuristique de
disponibilité » dans P-J Dessertine, Démocratie…
ou mercatocratie ?, éditions Yves Michel, 2023, chap. 3
« La manipulation réactive ».
EXEMPLE
IV
Le biais de la dissonance cognitive
Léon Festinger 1957
Les personnes
interprètent les informations en fonction de leurs représentations
et s’exposent plus volontiers à celles qui s’accordent à leurs
attitudes, opinions, croyances, représentations, idées.
Tension
interne face à pensées, attitudes en contradiction avec les
siennes
Toucher à ces
modalités de pensée ou d’action implique que l’on touche à la
structure identitaire sur laquelle le sujet s’appuie.
La modification
de cette structure peut avoir un coût existentiel important.
Plus les
cognitions seront liées aux valeurs essentielles du sujet, et plus
elles seront nombreuses, plus la dissonance sera forte.
La rectification
d'idées acquises est plus pénible pour un individu que
l’apprentissage d'idées nouvelles pour lesquelles il ne
possède pas encore de modèle.
Apporter des
informations nouvelles qui s’avèrent dissonantes par rapport à la
structure de connaissance initiale peut provoquer le fait que
l’apprentissage soit vécu comme une situation conflictuelle.
C’est pour cela
qu’il est faux de supposer qu’il existe une correspondance
parfaite entre l’exposition d’un public à une information et la
quantité de données perçues et retenues. Tant la perception comme
le souvenir sont faussés par ses propres attitudes, opinions,
motivations, intérêts.
Réduction
de la dissonance
changer sa
propre croyance,
protéger
la structure initiale pour garder la cohérence, maintenir la
stabilité, donc transformer l’information reçue et apprendre
mal
rejeter ou
réfuter cette information, voire dévaloriser
l’interlocuteur, en recherchant le soutien d'autres
personnes qui partagent les mêmes croyances, et en tentant d'en
persuader les autres
La
terre est remplacée par une cacahouète
Quelle
est trajectoire d’une cacahuète avec la même position et même
vitesse que la terre ?
Réponses
d’ingénieurs très diverses …..elle part à l’infini….elle
va tomber dans le soleil…sans opinion….
La
cacahouète a exactement la même trajectoire que la terre
« Le mouvement d’un corps dans un champ de gravitation est
indépendant de sa masse »
On
peut connaître les équations de Newton de la gravitation, faire des
calculs complexes mais on continue à lire la gravitation comme
Aristote, avec l’idée que la gravitation c’est une affaire de
masse, quand les masses sont différentes les trajectoires sont
différentes, comme pour la chute des corps.
Bout de
bois et morceau de marbre
Expérience
tactile avec élèves ingénieurs :
venez toucher, lequel est le plus froid ?
La réponse
c’est le marbre, au contact ça semble plus froid
Question
de raisonnement : deux
glaçons de même température sont posés sur chaque bout, les deux
objets sont à la même température et dans la même pièce :
lequel va fondre le plus vite ?
Hésitations….réponses
diverses….
Résultat :
celui qui est sur le morceau de marbre fond plus vite. Sur le morceau
de bois il peut rester des dizaines de minutes
Explication :
le marbre conduit mieux la chaleur que le bois qui est un très bon
isolant thermique. Quand on positionne dans de l’eau bouillante une
cuillère en bois et une cuillère en métal on constate que la
cuillère en métal devient chaude nettement plus rapidement que
celle en bois.
Pour fondre
le glaçon absorbe de la chaleur. Ce dernier va donc fondre plus
facilement lorsqu’il sera placé sur un matériau meilleur
conducteur de chaleur.
Force est de
constater que c’est le même facteur qui opère dans ces
« dissonances cognitives » que dans ce qui a été
analysé plus haut comme le « biais de confirmation » :
soit une tension psychique entre ce
que le sujet est enclin à accréditer comme connaissance parce que
cela est conforme à sa vision
du monde préalable,
et ce que requiert l’examen
objectif pour arriver à une connaissance partageable par tous.
La différence semble uniquement due à ce que les illustrations
prises ici concernent le domaine des sciences physiques et non des
problèmes de société. Mais tous les savoirs que l’on considère
comme acquis prennent place dans sa vision
du monde.
Conclusion
Nos biais sont incorrigibles mais pas
ingérables….
On peut être intelligent et pas
rationnel…..
Le cognitivisme
est une approche individualiste de la connaissance humaine. Tout se
jouerait dans la manière dont l’individu convertit les
informations venant de ses sens en connaissance ; et cela
relèverait essentiellement de l’usage qu’il fait de son cerveau.
Le biais
cognitif serait la conséquence
d’une sous-utilisation du cerveau qui ne permettrait pas de
surmonter, soit la prégnance des expériences sensibles, soit la
facilité d’aller vers les réponses déjà disponibles, soit le
conservatisme d’une vision du monde confortable.
La solution
serait alors, pour chacun, d’améliorer l’usage de son cerveau :
soit en
révolutionnant l’apprentissage pour l’harmoniser aux lois de
fonctionnement du cerveau (cf. Céline Alvarez, Les
lois naturelles de l’enfant, Les
arènes, 2016) ;
soit en
nourrissant le cerveau d’appendices techniques extérieurs qui le
rendent plus performant. L’IA (intelligence artificielle) prétend
aujourd’hui apporter plus efficacement que jamais ce service ;
soit en
introduisant dans le cerveau des « matières » qui en
améliorent le fonctionnement de manière ciblée : prise de
substances psychotropes, stimulation électro-magnétique
transcrânienne, implants dans le cerveau d’électrodes, voire de
puces connectées à un ordinateur.
La psychologie
des biais cognitifs
apporte une connaissance renouvelée, précisément documentée, de
phénomènes de méconnaissances qui auparavant étaient désignés
par les notions de croyance,
d’opinion,
ou d’illusion.
Ces trois désignations des méconnaissances étaient opposées à la
connaissance vraie parce que partageable par tous, et qu’on
nommait, depuis l’Antiquité, la science.
La science s’appuie sur deux piliers : l’expérience
partagée et la raison.
L’expérience
partagée, c’est le fait que tous
les humains peuvent partager leurs vécus pour en faire des
connaissances communes : le glaçon sur le marbre fond plus
vite que sur le bois, la rame plongée dans l’eau apparaît
brisée, etc.
La raison
est le mode de penser en lequel tous les humains peuvent retrouver
car « « Il n'y a qu'une seule et même raison pour tous les
hommes ; ils ne deviennent étrangers et impénétrables les
uns aux autres que lorsqu'ils s'en écartent. » (Simone Weil,
Oppression et liberté,
1934)
Il apparaît
alors que le problème de la
connaissance est fondamentalement social.
Et c’est terriblement le réduire qu’en faire, comme le
cognitivisme, un problème d’usage de son cerveau par un individu.
Ce n’est donc
que collectivement que l’on peut sortir de ses inclinations
spontanées à méconnaitre, qu’on les appelle croyances,
opinions,
illusions
ou, plus récemment, biais cognitifs.
Et le dispositif
le plus fécond pour le faire est le débat
véritable : celui qui s’appuie
sur l’expérience partagée,
et l’argumentation rationnelle.
Débat en lequel chacun accepte que sa proposition soit critiquée
par l’autre du point de vue de la raison et de l’expérience
partagée, et rectifiée ou invalidée si nécessaire. Ce qui
présuppose que chacun soit venu débattre dans l’état d’esprit
que le plus important est le bien commun de parvenir à une
connaissance partagée, et non de faire valoir ses intérêts
propres.
Dominique Schaefer
Pierre-Jean
Dessertine