25/11/2016 : Conservation du passé et mémoire collective

A propos de ce thème, mémoire collective, j’aimerais aborder trois sujets :
- les rapports entre mémoire collective et mémoire individuelle
- les rapports entre mémoire collective et Histoire
- La question de l’oubli

La mémoire désigne à la fois la capacité d'un individu ou d'un groupe humain de se souvenir de faits passés et de se souvenir de lui-même. Dans le cas d’une personne, elle est individuelle ; dans le cas d’un groupe, elle est collective. Selon la définition de Maurice Halbwachs, un sociologue français (1877-1945), la « mémoire collective » est une théorie scientifique stipulant qu’on ne se souvient jamais seul.

Le thème de la mémoire collective touche de manière essentielle la question du principe de cohésion sociale. La fonction publique de la mémoire collective, sous forme de commémorations ou de musées, tout comme l’évocation de souvenirs traumatisants pour toute une collectivité, suscite un vif débat dans un grand nombre de champs d’analyse, allant des sciences cognitives à la politologie, la sociologie, l’histoire et les autres disciplines des sciences sociales.

Trop de mémoire ou trop d’oubli ?
Paul RICOEUR, dès la première page de son ouvrage magistral « La mémoire, l’histoire, l’oubli », nous incite à réfléchir sur la notion de juste mémoire :

« Je reste troublé par l’inquiétant spectacle que donnent le trop de mémoire ici, le trop d’oubli ailleurs, pour ne rien dire de l’influence des commémorations et des abus de mémoire – et d’oubli. L’idée d’une politique de la juste mémoire est à cet égard un de mes thèmes civiques avoués ».

Quelle est la dialectique entre la mémoire et l’oubli et où est l’histoire dans cette dialectique ? L’histoire peut-elle jouer le rôle de juste milieu entre trop de mémoire et pas assez, entre trop d’oubli et pas assez ?

Et se pose aussi la question du mal passé : quel regard, quel jugement pouvons-nous porter sur le passé ?

Dans son livre « Mémoire du mal Tentation du bien » , Tzvetan Todorov nous dit que se souvenir du mal passé ne suffit pas pour empêcher les errements présents. La mémoire n'est pas toujours, et intrinsèquement, une bonne chose, ni l'oubli une malédiction. Ce n'est pas en nous prenant pour l'incarnation du bien, en donnant des leçons de morale à nos concitoyens comme aux pays étrangers que nous échappons au mal. Dans une réflexion exigeante sur le siècle, depuis la naissance des totalitarismes jusqu'à la guerre du Kosovo, en passant par la bombe atomique d'Hiroshima, Tzvetan Todorov s'interroge sur le sens de cette histoire tragique.

Martin Videcoq, octobre 2016

Pour prolonger le café-philo sur la philosophie



Qu’est-ce qu’un philosophe ? Qu’est-ce que la pratique philosophique ?
Quelques références et réflexions pour prolonger notre café Philo
Mes commentaires sont en italiques

« Zeus – Toi,  dispose les bancs et prépare le lieu pour les arrivants ;  toi, amène les philosophes et aligne-les ; mais d’abord fais-leur  une beauté pour qu’ils présentent bien et attirent le plus de gens possible. Et toi, Hermès,  sois  le crieur et appelle les clients.
Hermès – Qu’une bonne fortune fasse venir les acheteurs au marché !  Nous allons vendre à la criée des philosophes de toute espèce avec des systèmes de toutes les couleurs. Ceux qui ne peuvent pas payer comptant  payeront  l’année prochaine après avoir donné caution. »
Lucien de Samosate :  Philosophes à vendre  (IIème siècle)

Ainsi certains paradent-ils dans nos petits écrans….

« Qu'est-ce que la philosophie ?
Chère Sophie, Les gens ont toutes sortes d'occupations : certains collectionnent les pièces anciennes ou les timbres, quelques-uns s'intéressent aux travaux manuels ou au bricolage et d'autres consacrent presque tout leur temps libre à tel ou tel sport. Beaucoup apprécient aussi la lecture. Mais tout dépend de ce qu'on lit. On peut se contenter de lire des journaux ou des bandes dessinées, n'aimer que les romans ou préférer des ouvrages spécialisés sur des sujets aussi divers que l'astronomie, la vie des animaux ou les découvertes scientifiques. Si j'ai une passion pour les chevaux ou les pierres précieuses, je ne peux pas exiger des autres qu'ils la partagent. Et si je ne manque pas un reportage sportif à la télévision, cela ne me donne pas pour autant le droit de critiquer ceux qui trouvent le sport ennuyeux.
            Et s'il y avait pourtant quelque chose de nature à intéresser tous les hommes, quelque chose qui concernerait chaque être humain, indépendamment de son identité et de sa race ? Eh bien oui, chère Sophie, il y a des questions qui devraient préoccuper tous les hommes. Et ce genre de questions est précisément l'objet de mon cours ». Jostein Gaarder, Le monde de Sophie, Ed. Seuil 1995, p.26-27

« Tous les hommes désirent naturellement savoir » Aristote, Métaphysique A 980a21)

« Devraient » : mais pourquoi si peu s’y emploient ? « Désirent savoir » : pourquoi tant de gens préfèrent-ils l’ignorance ? Toute philosophie se doit de se confronter à ce mystère.

« Cet état, qui consiste à s’émerveiller/s’étonner (θαυμάζειν est tout-à-fait celui d’un philosophe ; la philosophie en effet ne débute pas autrement. » Platon, Théétète (155d) 
« C’est, en effet l’étonnement (τὸ θαυμάζειν) qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs à philosopher.  (Métaphysique, A2 982b 13).

« Le mot grec philosophia (φιλοσοφία) est un chemin sur lequel nous cheminons ». Heidegger Questions II  p.14.

Le mot « philosophe » a très vraisemblablement été un néologisme créé par Héraclite d’Ephèse (544-480 av.JC),
« Il faut, oui tout à fait, que les hommes épris de sagesse (φιλοσόφους ) soient les juges des nombreux (de la foule) » Héraclite, Fragments, 24 (35) 
«  Il est sage que ceux qui ont écouté, non moi, mais le discours, conviennent que tout est un (ὁμολογεῖν σοφόν ἐστιν ἓν πάντα εῖναι )» Héraclite, Fragments, 1(50).
Le sophon, ce qui est sage, c’est s’accorder par le discours (logos) à cela : Tout est un, Un est le tout. La sophia est plus qu’une vision du monde, elle a l’ambition d’être une pensée de l’uni-vers. Rechercher le sophon, c’est avec le logos (langage pensant) rechercher du sens.
Dès Platon, le « philosophe » se trouve confronté à des rivaux, les « sophistes » qui comme leur nom l’indique, eux aussi, ont une prétention à la sophia et disentt parfois la détenir :
« Jamais personne depuis des années ne m’a posé une question qui ait pu me surprendre. » Gorgias 447d  La Rhétorique est pour Gorgias « le savoir qui est réellement le bien suprême et qui donne à qui le possède la liberté pour lui-même et la domination sur les autres dans sa patrie, […] J’entends par là le pouvoir de persuader par le discours (Gorgias 452). « Elle englobe en elle-même, pour ainsi-dire, et tient sous sa domination toutes les puissances. » (456a).
A relier avec la nouvelle sophistique, la « Com », la Pub. La seule chose qui compte est faire passer un message, quelque soit le contenu, vrai ou faux, nuisible ou non. 2400 ans avant, Platon critique les communicateurs et l’audimat :
«  La Rhétorique n’a pas besoin de connaître la réalité des choses, il lui suffit d’un certain procédé de persuasion qu’elle a inventé, pour qu’elle paraisse devant les ignorants plus savants que les savants. » République Livre VI, 493 a   459b).
Mais ce qui est pour Platon négatif, est au contraire un atout pour Gorgias: « N’est-ce pas une merveilleuse facilité, Socrate , que de pouvoir sans aucune étude des autres arts, grâce à celui-là, être l’égal de tous les spécialistes? » (Gorgias 459c).
=> Le philosophe se trouve pris entre deux pôles : manipulateur d’opinions, entre autre dans l’arène politique,  ou  prétendant à la vérité?  Cette hésitation est celle qui traverse la philosophie de Platon, dans l’opposition  Platon/Socrate.
La philosophie continue, à vouloir dépasser la simple doxa (opinion, mais aussi apparence).
Mais est-elle capable d’atteindre ce sophon, une vérité universelle? Si elle ne le peut, ne risque-t-elle pas d’aboutir à un relativisme, à l’éclatement de la philosophie en une multitude  de points de vue, d’opinions ?
Socrate ne réussit peut-être pas, mais il essaie : il est l’emblème du médiateur, de l’éveilleur, de l’accoucheur.  Il n’enseigne pas un savoir mais une éro-sophie : la philosophie comme désir, comme quête jamais achevée. Il n’est pas un maître qui sait tout, mais le sujet supposé non-savoir, fait pour éveiller le désir (cf détournement du désir sexuel d’Alcibiade vers la philosophie dans Le Banquet). du sophon. C’est le désir (eros) qui provoque l’étonnement.
 La philosophie a bien sûr un autre versant chez Platon : l’idée du philosophe roi qui guiderait la république.  Le philosophe deviendrait un maître à penser et un maître politique. En cela, Platon est élitiste, ne serait-ce que parce que le peuple est manipulable par les sophistes, et que le souvenir de la condamnation de Socrate pèse lourdement dans la balance :

« Y a-t-il un moyen de faire admettre ou reconnaître  au peuple que c’est le beau en soi qui existe, mais non la multitude de belles choses, que c’est chaque chose en soi qui existe, mais non la multitude des choses particulières ?
-          il n’y en a pas, dit-il.
-          Il est donc impossible, dis-je,  que le peuple soit philosophe ?
-          Impossible !
-          C’est donc aussi une nécessité que les philosophes soient critiqués par le peuple ?
-    C’en est une. »    République VI, 494 a

Et pourtant, la constante référence à Socrate garantit malgré tout que la vérité n’est pas l’affaire d’un seul, elle est nécessairement dia-logique, donc collective. Sinon Socrate enseignerait, au lieu de tout le temps poser des questions !
« Notre rapport avec le vrai passe par les autres. Ou bien nous allons au vrai avec eux, ou ce n’est pas au vrai que nous allons. » Merleau-Ponty Eloge de la philosophie p.40

De plus, les idées platoniciennes sont devenues « concepts » dans la philosophie moderne :
« Les concepts  ne nous attendent pas tout faits, comme des corps célestes. Il n’y a pas de ciel pour les concepts. Ils doivent être inventés, fabriqués, ou plutôt créés. […]  Le philosophe est l’ami du concept, il est en puissance de concept. »  Deleuze, Qu’est-ce que la philosophie,  p.11

Que demande-t-on généralement au philosophe ?
- d’être un guide politique: Cf Platon à Machiavel, Hobbes, Rousseau, Kant et les philosophes des lumières, Hegel, les socialistes dits utopiques, et bien sûr Marx). Problème de l’utopie tournant en dystopie.
- d’être un guide moral.  On a pu voir dans Socrate, mais surtout dans les penseurs qui lui ont succédé lorsque la démocratie athénienne est tombée en décadence ( les Stoïciens et Epicure), des professeurs de savoir-vivre, des donneurs de vademecum pour être heureux. Le mot « sagesse », beaucoup plus large au départ,  s’est réduit à l’étroite appréhension de la manière dont nous, humains, devons conduire nos vies.
- d’être un tuteur (Cf critique remarquable de Kant, dans Qu’est-ce que les Lumières ?) , une sorte de directeur de conscience, situé entre les figures du prêtre (confesseur) et du psychanalyste, un « coach » dirait-on aujourd’hui.  Mais n’y a-t-il pas maldonne ?

D’où nous vient cette exigence d’un accord si souvent revendiqué entre les actes et les paroles, entre la vie du philosophe et ses idées? D’un désir d’honnêteté intellectuelle, d’un refus du mensonge, certes. Mais en demandant au philosophe d’être toujours en accord avec ces idées, n’en demandons-nous pas trop ?

« La philosophie ne me semble jamais avoir si beau jeu que quand elle combat nostre presomption et vanité, quand elle reconnoit de bonne foy son irresolution, sa faiblesse et son ignorance. »  Montaigne, Essais, Livre II , Ch XXVII,    p634

Ce qui ne veut pas dire qu’elle soit triste et manque d’humour :
« On a grand tort de la peindre inaccessible aux enfans, et d'un visage renfroigné, sourcilleux et terrible. Qui me l'a masquée de ce faux visage, pasle et hideux? Il n'est rien plus gay, plus gaillard, plus enjoué, et à peu que  je ne dise follastre. Elle ne presche que feste et bon temps. Une mine triste et transie montre que ce n'est pas là son giste. »  Montaigne, Essais, Livre I , Ch XXVI, p160
Curieusement, Nous trouvons aussi chez Sénèque (dont on pourrait s’attendre à ce qu’en bon stoïcien, il défende l’idée qu’il faille toujours être en accord avec sa pensée), une défense de la faillibilité du philosophe :

« Les philosophes ne font point ce qu’ils disent.   Cependant,  ils font déjà beaucoup en parlant et en concevant l’honnête dans leur esprit. Certes si leurs actes étaient au niveau de leur discours, quel plus grand bonheur pourrait-il y avoir pour eux ?  Ce n’est pourtant pas une raison pour mépriser les paroles honnêtes et les cœurs pleins de bonnes pensées.  Il est louable de s’occuper d’études salutaires,  même si elles restent sans effet. » Sénèque, De la vie heureuse, in Les stoïciens,  Pléiade, , p. 741
Il est donc judicieux, si nous ne voulons pas manquer ce que la philosophie a de plus intéressant, de ne pas rabattre trop vite une pensée sur un être humain et ses faiblesses. La seule critique pertinente que l’on puisse faire à un philosophe ne peut être en définitive que philosophique, faute de quoi on se contenterait de simplement juger une personne, et, de surcroît, de confondre la philosophie avec la bien-pensance, le parler correct.
On ne peut donc définir le philosophe et la philosophie de l’extérieur. « Le mot grec φιλοσοφία est un chemin sur lequel nous cheminons » : cette phrase de Heidegger prend ici tout son sens, entendons en elle que la philosophie est, au moins en droit, l’affaire de tous, que nous sommes tous philosophes, au moins en puissance. Les philosophes dans leur disparité sont des amis (Sloterdijk) que nous sommes invités à lire et avec qui nous sommes amenés à dialoguer : ils ont exploré des chemins, ont tracé des voies, que nous ne sommes pas obligés de suivre, mais qui nous peuvent nous aider à mieux nous orienter. On ne philosophe jamais seul, même si c’est en définitive à chacun de nous de le faire, à la première personne :
« Personne ne peut bâtir à ta place le pont qu'il te faudra toi-même franchir sur le fleuve de la vie - personne, hormis toi. » Nietzsche, 3ème considération intempestive,  p.21
                                                                                  Pierre Kœst, 27 septembre 2016
                                                                 

27/09/2016 - Qu'est-ce qu'un philosophe ? Qu'est-ce que la pratique philosophique ?

Le philosophe serait-il un spécialiste de philosophie, au même titre qu’un menuisier s’y connaîtrait en bois, ou qu’un plombier maîtriserait l’art de réparer des tuyauteries ? Philosopher, est-ce « pratiquer » un art (au sens grec de technê, savoir- faire), et cette « pratique » (qui était d’ailleurs plutôt au départ une « théorie ») doit-elle impliquer un changement visible, voire radical, dans la manière dont le philosophe vit sa vie ?  Autrement dit, est-il absolument impératif que le philosophe se conforme à ses paroles (et, sous-entendu, aux leçons qu’il est censé donner aux autres ?)

Mais surtout : qui pose la question « qu’est-ce qu’un philosophe ? », avec quelles arrière-pensées ? 

Le scientifique, intrigué par celui qui a longtemps prétendu  exercer  une suprématie sur lui (du temps où la philosophie s’était octroyée le nom de « reine des sciences »),  mais qui,  même détrôné de ce piédestal,  continue à exercer une singulière fascination,  la fascination d’un rival qui comme lui prétend courtiser la « vérité » ?

Le philosophe lui-même,  qui après une histoire de plus de deux millénaires,  se demande parfois si la « pratique » qui est la sienne n’est pas arrivée à son terme, ou en tout cas s’il est encore possible de nommer du même nom ce qui est né en Grèce à l’aurore du cinquième siècle avant J.-C. avec Anaximandre,  Parménide ou Héraclite, et ce qui advient au crépuscule sous les noms de Nietzsche, Derrida ou Michel Foucault ?

L’ « honnête homme » d’aujourd’hui,  qui n’a pas encore renoncé à  lire et  penser,  et qui soupçonne parfois que les philosophes de notre temps ont peut-être encore quelques cartes à jouer dans un monde où tout se réduit à de l’information et de la communication,  et où la philosophie est ravalée bien hâtivement au rang de « science humaine ».  Le vide créé par la désaffection relative des églises ne crée-t-il pas un besoin de catéchisme ou de vademecum,  un désir d’être guidé par des mentors qui penseraient pour nous, mieux que nous,  ce qu’il nous incombe de vivre ?

 D’où notre interrogation : Les philosophes sont-ils bien ceux que l’on nomme ainsi ? Ceux dont le grand public entend parler sont devenus des marchands, des producteurs de « biens culturels », ou de divertissements télévisuels, et l’on peut se demander si en devenant polémistes, chroniqueurs, journalistes, ou personnalités « people »,  ils ont encore quelque chose à voir avec les penseurs dont ils font étalage, en les réduisant à du prêt à porter idéologique, apte à satisfaire à la sauvette, et le temps d’un zapping , l’indéniable besoin de sens des foules.

Il serait prétentieux de vouloir faire le tour de cette question dans le cadre d’un café philo, mais par quelques petites incursions dans notre histoire (et celle de la philosophie), nous suggèrerons qu’un philosophe qui se respecte se renierait s’il cédait à la tentation de devenir un « coach » auquel nous déléguerions la « gestion » de nos vies.


Pierre Kœst,  sept 2016

Pour faire suite au café du 07/06/16 : "Sommes-nous trop sur Terre ?

 Vous pouvez accéder à la présentation de ce café-philo en cliquant sur le lien :
Sommes-nous trop sur Terre ?



Et voici une contribution de JP. Testa sur ce thème :


• Sommes trop nombreux ou trop inégaux ?
Les deux, trop nombreux car l’impact de l’accroissement de la population,  mais surtout l’accroissement de la consommation, sur la nature est  catastrophique, gaz à effet de serre bien sur, mais pollutions en tout genre à effet immédiat ( plastiques, nicotinoides, …) ou à long terme (déchets radioactifs) enfin sans oublier la 6ème grande instinction des espèces commencée au XIX siècle dont l’homme est l’unique artisan.

• La vie est-elle sacrée ?
Oui, on peut répondre sans hésitation, à la condition que toute vie soit sacrée, celle des hommes bien sur mais aussi celle de tous les êtres vivant qui participent à l’équilibre de notre biosphère, ceci dit, l’ordre naturel, autorise la lutte pour la vie contre d’autres espèces, que ce soit par nécessité pour les espèces carnivores ou la lutte contre la maladie. Peut-être sans tomber dans un excès mystique propre à la notion de sacré, faudrait-il se contenter de respecter la vie.

• Faut-il prolonger la vie indéfiniment ?
Le principe même de la vie, des animaux ou végétaux les plus impressionnants jusqu’au plus petit insecte, n’est-il pas qu’elle a un début et une fin ? Avec les progrès continu de la science, les populations des sociétés occidentales ont considérablement augmenté leur espérance de vie, mais devra-t-on en arriver à se poser la vraie question : quand et comment arrêter la vie ?

• L’espèce humaine est-elle nuisible ?
Oui, pour elle-même, « l’homme est un loup pour l’homme » et pour toutes les espèces vivantes par les prédations qu’il exerce sur la nature et l’environnement.

• N’avons-nous pas une responsabilité vis-à-vis des générations futures ?
C’est le principe même de l’écologie, nous ne sommes pas propriétaires de la planète, nous avons le devoir de la transmettre en bon état à nos enfants. Ce principe à longtemps été appliqué par les civilisations dites « primitives », dans lesquelles l’homme n’est pas propriétaire de la terre, il peut en disposer selon certaines conditions. La société moderne occidentale est devenue le modèle mondial, si on peut se féliciter des nombreux progrès qu’elle apporte individuellement, le principe de propriété qu’elle a généralisé, de l’individu à la multinationale, repose encore sur le droit romain de la propriété qui est composé de trois droits élémentaires,  l’USUS, le FRUCTUS et l’ABUSUS, ce dernier droit est terrible car il permet toute destruction à grande échelle, de l’exploitation forestière débridée, des carrières immenses qui défigurent la planète,  des exploitations hyper-polluantes ou dangereuses, gaz de schistes, forages profonds  et forages sur la banquise, ect.

JP Testa
Cadenet le 8/06/2016

07/06/2016 : Sommes-nous trop sur terre ?

 Des écrits de Platon (4e s. av. J.-C.) sur la population que devait comporter la cité grecque idéale au fameux précepte de Jean Bodin (1576) :  « il n’y a de richesses que d’hommes », les velléités politiques d’influer sur la taille ou la composition de la population sont anciennes. Mais souligner l’intérêt de nos ancêtres pour les questions démographiques et leur volonté d’y apporter des solutions ne suffit pas à répondre à la question « Faut-il aujourd’hui une politique de population ? ». Une poli¬tique consistant à assigner au corps social, à l’Etat, à l’ONU,  un objectif donné pour qu’ils mettent en oeuvre les actions susceptibles de le réaliser.
La question a au moins deux aspects : Est-il possible et justifié de définir un objectif d’optimum démographique ? Les mesures prises pour l’atteindre sont-elles à la fois acceptables et efficaces ?

Dans une première partie , nous nous proposons de parcourir l’histoire du concept de surpopulation des origines jusqu’à la fin du 18e siècle, date de la publication par Thomas Malthus de son oeuvre majeure : « Essai sur le principe de population ».  Nous verrons que les  motivations des tenants d’une politique de population, quelle qu’elle soit,  sont d’ordres économique, politique, éthique, religieux  philosophique et, plus particulièrement depuis le 21eme siècle, écologique.

Dans une seconde partie, nous examinerons, à travers le modèle de transition démographique, les principales hypothèses d’évolution de la population mondiale pour les prochains siècles.

Dans une troisième partie, nous analyseront les principaux moyens que proposent les « interventionnistes » pour tenter d’influer sur la taille ou la composition des populations.

En conclusion, nous rappellerons les principales questions économiques, éthiques et philosophiques posées par les politiques de population :
- Existe-t-il un idéal démographique ?
- Est-il légitime de vouloir influer sur le niveau et la composition des populations ?
- Les moyens pour atteindre cet idéal (mortalité, natalité, migrations) sont-ils compatibles avec les droits de l’homme ?
- Les politiques démographiques sont-elles efficaces ? Faut-il vraiment vouloir les mener de façon volontariste sans les insérer dans un ensemble plus global de politiques économiques, sociales, culturelles, favorables aux chan¬gements de comportements individuels ?

Martin Videcoq, 11/05/2016

10/05/2016 Comment penser la décroissance ?



Fiche de problématique

La croissance est devenue, depuis les Trente Glorieuses, l’horizon indépassable des économies contemporaines. Réclamée par les partis politiques de gauche comme de droite et par l’opinion publique, indispensable pour résorber le chômage, nécessaire pour améliorer le pouvoir d’achat, elle est au cœur des politiques économiques, en général néolibérales, menée depuis la crise de 2008.

A côté de ce chœur à l’unisson, quelques voix discordantes, minoritaires, se font entendre. Ceux qui se baptisent eux-mêmes « les objecteurs de croissance », à l’inverse de la plupart des économistes reconnus, sont partisans de la « décroissance soutenable ».

1°) Pourtant, depuis la révolution industrielle et la naissance du capitalisme, les critiques du progrès en général, et du développement industriel en particulier n’ont pas manqué, les tenants de « l’état stationnaire » au XIXème siècle ne sont pas sans rappeler les « objecteurs de croissance » du XXIème qui s’inspirent également de travaux de la deuxième moitié du XXème siècle : rapport du Club de Rome, analyses des éco-économistes, sommet de Rio, Appel de Paris.

2°) Pourquoi abandonner la croissance ? Les thèses des partisans de la décroissance  peuvent se résumer autour de six grandes thématiques : la croissance n’est pas synonyme d’augmentation du bien-être, notamment parce qu’elle  ne prend pas en compte les dégâts causés à l’ensemble de la planète ; la croissance infinie est inconcevable dans un monde fini ; la croissance démographique aggrave les dangers de la croissance économique ;  le creusement des inégalités, conséquence directe du développement, devient insupportable ; les causes profondes de l’idolâtrie de la croissance sont à rechercher du côté de la recherche sans frein du profit et du rôle de la consommation ostentatoire ; les politiques de « développement durable ou soutenable » ne permettront pas de sortir de l’impasse actuelle.

3°) Les « objecteurs de croissance » ne se contentent pas de critiquer le modèle actuel de développement, ils proposent une « utopie concrète » : retrouver une empreinte écologique « raisonnable » en « internalisant les externalités négatives », en relocalisant les activités et en restaurant l’agriculture paysanne ; transformer les gains de productivité en réduction du temps de travail et en création d’emplois ; décréter un moratoire sur l’innovation technoscientifique.

En conclusion, les partisans de la décroissance pointent, à juste titre, l’incommensurabilité des valeurs à laquelle nous confronte la croissance, la confusion autour de la notion de richesse, trop souvent repliée sur sa seule dimension économique, voire monétaire, et invitent à surmonter la crise de sens que traversent nos sociétés. Ce n’est pas par la création d’une nouvelle force politique  qu’ils comptent atteindre leurs objectifs, mais en recherchant des solutions du côté de l’éthique individuelle et de la philosophie, pour peser dans le débat et infléchir les mentalités.

Jean-Pierre Cendron, auteur et économiste

08/03/2016 : L'homme dans l'évolution



Parmi nous, il y en a qui, aujourd’hui, par légers effleurements de leurs doigts sur un écran tactile, interagissent avec le monde entier alors que, tout jeunes, c’est en charrette à cheval qu’ils se rendaient au bourg du village pour le marché hebdomadaire.

C’était il y a seulement quelques décennies, et pourtant nous vivions alors dans un tout autre monde que le monde actuel, au point que nous n’en finirions pas de décliner les contrastes entre ces deux mondes. Mais il n’y a eu ni tremblement de terre, ni impact d’une météorite, ni tout autre cataclysme, pour rendre compte d’un tel bouleversement de nos existences. C’est donc bien d’« évolution » dont il s’agit.

Or, nous savons que l’ensemble des espèces vivantes –  et donc l’espèce humaine – sont « prises » dans les processus d’évolution selon certaines lois qui ont été progressivement mises à jour par les scientifiques (en particulier Darwin) depuis le XIXème siècle.

Ces lois sont des lois d’adaptation du vivant à un environnement inédit par modifications de caractères communs aux individus, modifications qui s’inscrivent dans leur patrimoine génétique.
Sommes-nous ainsi modifiés depuis une soixantaine d’années, ou sommes-nous en voie de l’être ?
Mais la question ne prend toute son ampleur que si nous remarquons que c’est nous, humains, qui sommes, par nos choix de comportement, le principal facteur de cette évolution accélérée de notre environnement. Cela semble signifier que nous ne sommes pas simplement déterminés, comme les autres espèces, par les contraintes de notre environnement et les mécanismes d’adaptation qui y répondent.

Ne faut-il pas alors penser l’évolution de l’espèce humaine au-delà des lois qui ont été dégagées pour l’ensemble du monde vivant ? N’y a-t-il pas à prendre en compte, dans la pensée de notre évolution, les prodigieux progrès techniques par lesquels nous transformons la planète ? 

Mais une composante récente du progrès technique est la capacité de modifier, presque aussi aisément qu’un texte dans un traitement de texte, le génome d’un individu vivant. Cela signifie que l’évolution du vivant relève aussi, désormais, des choix des hommes, lesquels sont tributaires des institutions auxquelles ils participent et, finalement, de l’état de la culture à laquelle ils appartiennent.
N’allons-nous pas vers une crise des théories de l’évolution qui deviendront impuissantes à comprendre et à prévoir si elles ne prennent pas en compte le problème de l’évolution culturelle des hommes ?

Pierre Jean DESSERTINE, philosophe